Mais qui est donc "Baby Doc" ?

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Mais qui est donc "Baby Doc" ?
Baby Doc ou bébé doc ou encore Jean-Claude Duvalier est de retour en Haïti, après 25 ans d'exil.@ MAXPPP ET REUTERS
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Après 25 ans d’exil, l’ancien "président à vie" d’Haïti a regagné son pays, dimanche.

25 ans après, "Baby Doc" est de retour. Dimanche, entre hourras et sifflets, l’ancien président "à vie", Jean-Claude Duvalier - qui avait perpétué dans les années 1970 la longue dictature installée par son père - a regagné Haïti, après un exil d’un quart de siècle passé en France.

Pourquoi "Baby Doc" réapparaît-il, maintenant, pour le premier anniversaire du séisme meurtrier qui a frappé l’île ? Nul ne le sait encore. Ses intentions se font discrètes. "Je suis venu pour aider", a-t-il simplement indiqué, à son arrivée à Port-au-Prince, après avoir embrassé le sol. Mais "l'idée qu'il puisse encore jouer un rôle sur la scène politique haïtienne est plus que farfelue", explique à Europe1.fr Christophe Wargny, spécialiste d'Haïti et, un temps, conseiller d'Aristide. "Assez timide, avec peu de charisme, il n'a pas laissé un souvenir impérissable dans la population", ajoute-t-il.

Un lourd passif

Retour 25 ans auparavant, en 1986. Jean-Claude Duvalier est alors chassé du pouvoir par une révolte populaire, après 15 ans d’un règne absolu sur Port-au-Prince. La jeunesse haïtienne sort dans la rue, espérant tourner définitivement la page Duvalier.

Regardez les images de 1986 :

Les autorités haïtiennes évaluent alors à plus de 100 millions de dollars (environ 75 millions d'euros) les détournements opérés sous son règne. Des prélèvements sur des entreprises d'Etat, par exemple, n’ont jamais été versés à l’Etat haïtien, mais virés directement sur des comptes en Suisse.

Plus tard, la confédération helvétique a tenté de restituer ces fonds, surtout après le séisme qui a frappé Haïti,le 12 janvier 2010, mais s'est heurtée, en justice, aux résistances de la famille Duvalier.

Un jeune homme peu préparé au pouvoir

Né en 1951, Jean-Claude Duvalier est arrivé au pouvoir alors qu'il avait tout juste 19 ans, le 22 avril 1971. La veille, son père, François Devalier, dit "Papa Doc", mourrait d’une grave maladie, lui laissant son poste de "président à vie".

"Baby Doc", plus jeune président du monde, tente alors une timide libéralisation. Ses pires ennemis reconnaissent qu’il a mis fin aux disparitions et exécutions sommaires. Il change la constitution, épure l'armée, prononce en 1977 une amnistie générale, crée une ligue haïtienne des droits de l'Homme, et propose des élections libres. Mais selon ses opposants, ce n'est là que des concessions faites aux exigences de la politique des droits de l'Homme de l'administration du président américain Jimmy Carter.

Il avait perpétué la dictature de son père

Sur le fond, le régime est resté le même : coupé d'un peuple jamais consulté démocratiquement, soumis au contrôle rigide de la milice des "Tontons macoutes" et surveillé par la vieille garde duvaliériste surnommés "les dinosaures".

Après son mariage avec Michele Bennett, riche héritière protestante et divorcée, issue de la bourgeoisie mulatre, "Baby Doc" freine la libéralisation. La presse revient sous contrôle. Les quelques opposants restés dans le pays sont assignés à résidence, entre deux séjours en prison. Emporté par une révolte populaire en 1986, "Baby Doc" est, enfin, poussé à la démission par les Etats-Unis. La France accepte alors de l'accueillir, à titre temporaire. Il y restera 25 ans.

"Il a très bien vécu au début", raconte Christophe Wargny, mais "il s'est fait grugé par sa femme et à son divorce, il avait presque tout perdu", explique-t-il. Il lui restera toutefois assez pour vivre, un quart de siècle, dans de vastes demeures de la Côte d'Azur.