"Luxleaks" : "Le juste, c’est celui qui est sur le banc des accusés"

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Denis Robert, journaliste à l'origine des révélations sur le scandale "Clearstream" dénonce sur Europe 1 la tenue du procès d'Antoine Deltour.

INTERVIEW

Un procès "injuste", "kafkaïen". Denis Robert, journaliste à l'origine des révélations sur le scandale Clearstream, a dénoncé avec vigueur sur Europe 1 la tenue du procès d'Antoine Deltour. Cet ancien employé du cabinet de consultants PricewaterhouseCooper comparaît depuis mardi devant la justice du Luxembourg dans le cadre de l'affaire "Luxleaks". Il est poursuivi pour avoir fourni à la presse des documents révélant des accords entre le fisc luxembourgeois et certaines multinationales

"Le juste, c’est celui qui est sur le banc des accusés. Toute la matinée au tribunal, on entendait une dame qui représentait le cabinet de consultants PricewaterhouseCooper qui a déposé sept plaintes contre Antoine Deltour", relate Denis Robert. "On a face à nous le voleur. Cette societé PricewaterhouseCooper fabrique l’évasion fiscale en participant à la fabrication de ces "tax rulings", qui sont des possibilités pour les multinationales de ne pas payer d’impôts. Elles donnent l’apparat administratif et judiciaire qui permet l’évasion fiscale, elle appauvrit les nations, elle appauvrit les contribuables français et c’est elle qui accuse sous couvert d’un tribunal."

"Faire peur aux autres". "Au départ, Antoine Deltour est un auditeur qui est très bien payé, il a 28 ans et il a un cas de conscience. Tous les jours, il a l'impression de fabriquer du mensonge, de participer à un vol organisé, donc il décide un jour de franchir le pas. Il est contacté par un journaliste, il lui donne les documents", rappelle le journaliste. "Et l’information était fondamentale. En l'occurrence, ces 340 multinationales ne paient pas d'impôts alors qu’elles travaillent en France : c’est Google, c’est Ikea, c’est Amazon… Et nous, contribuables, on paye des impôts donc on est face à une injustice.

"Ces sociétés ne veulent surtout pas qu’il y ait d’autres lanceurs d’alerte et d’autres personnes qui donnent des documents. C’est pour cela qu”ils déposent plaintes et pour cela qu’ils essayent de faire condamner ce lanceur d’alerte, même symboliquement. C’est pour faire peur aux autres."

"Ce silence est insupportable". Outre l'attitude de ces entreprises et du Luxembourg, Denis Robert pointe du doigt celles de l'Europe et en particulier de la France. "Le Premier ministre était au Luxembourg il y a trois semaines et n’a pas dit un mot sur cette histoire. Le chef de l’Etat a tenu un discours au Bourget en 2012 en disant vouloir lutter contre la finance. C’était le moment au moins de dire merci et bravo à Antoine Deltour et à Edouard Perrin", le journaliste français qui comparaît aussi devant la justice luxembourgeoise. "Or, il y a ce silence et il est devenu insupportable."