L'ONU craint un "génocide" au Burundi, de possibles "crimes contre l'humanité"

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L'ONU craint un "génocide" au Burundi, de possibles "crimes contre l'humanité"
Des violences sont signalées dans ce pays d'Afrique centrale depuis avril 2015, lorsque le président sortant, Pierre Nkurunziza, a annoncé l'intention de briguer un troisième mandat.@ MARCO LONGARI / AFP
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D'après des enquêteurs indépendants de l'Onu, le gouvernement du Burundi est responsable de possibles "crimes contre l'humanité" depuis plusieurs mois.

Le gouvernement du Burundi est responsable de graves violations des droits systématiques et constantes, a conclu mardi une mission d'enquête de l'Onu, mettant en garde contre de possibles "crimes contre l'humanité" et un "grand danger de génocide".

Par des agents de l'État. "Les experts ont constaté que des violations graves des droits de l'Homme ont été et sont commises principalement par des agents de l'État et ceux qui sont liés à eux", indiquent les enquêteurs dans un rapport. "Ces violations graves sont systématiques et constantes et l'impunité est omniprésente", déplorent-ils. "Étant donné l'histoire du pays, le danger du crime de génocide est grand", relèvent-ils.

Violations de droits de l'homme. Le Burundi est plongé dans une grave crise émaillée de violences et de nombreux cas de torture depuis que, contrairement aux dispositions constitutionnelles, le président Pierre Nkurunziza a annoncé en avril 2015 sa candidature à un troisième mandat, avant d'être réélu en juillet. Le rapport des enquêteurs de l'Onu, qui sont mandatés par le Conseil des droits de l'Homme de l'Onu, porte sur les violations et les abus des droits de l'homme commis du 15 avril 2015 au 30 juin 2016. Les enquêteurs indiquent ne pas pouvoir exclure que certaines de ces violations graves constituent des crimes contre l'humanité, et demandent des procédures judiciaires internationales indépendantes pour traduire les auteurs présumés en justice.

Meurtres, disparitions, arrestations de masse et torture. Tandis que la crise continue et même si le niveau de violence a manifestement diminué, poursuivent-ils, "le niveau global d'oppression et de contrôle de la société a augmenté, s'illustrant notamment par la privation arbitraire de la vie, les disparitions forcées, couplés à des allégations crédibles d'existence de lieux de détention non reconnus, les cas de torture, les autres formes de mauvais traitements et les détentions arbitraires à une échelle massive". Le rapport appelle à un "engagement solide renouvelé de la communauté internationale", y compris des Nations unies et de l'Union africaine. Sans quoi, estiment les experts, "la spirale descendante du pays est peu susceptible d'être inversée, mettant en danger non seulement les droits des personnes concernées, mais aussi la sécurité générale de la région".

Vers une exclusion du Conseil des droits de l'Homme. Enfin, les enquêteurs jugent que le Conseil des droits de l'Homme devrait considérer si le Burundi peut rester membre de cet organisme onusien. Depuis la création du Conseil il y a dix ans, c'est la première fois qu'une organisation de l'Onu propose d'exclure un des membres du Conseil.