Les shebab, ces terroristes qui tweetent

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Les shebab, ces terroristes qui tweetent
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Ils ont utilisé Twitter pour publier des photos du soldat décédé et annoncer la mort de Denis Allex.

Le message est laconique : "16:30 GMT, mercredi 16 janvier 2013. Dennis Allex est exécuté." Les islamistes somaliens shebab ont choisi Twitter pour annoncer jeudi matin qu'ils avaient tué l'agent des services secrets français qu'ils retenaient en otage depuis juillet 2009.

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Sur le même compte, les shebab ont publié, il y a quelques jours, la photo du soldat français décédé dans l'opération de sauvetage de Denis Allex.

Actif depuis le 7 décembre 2011, le compte Twitter des shebab compte aujourd'hui près de 21.000 abonnés. Il est fréquemment utilisé pour appeler au jihad, publier des commentaires sur l'actualité mais aussi annoncer les opérations du groupe. Faut-il s'étonner que les terroristes somaliens aient choisi le site de micro-blogging ? Non, estime Arnaud Mercier, professeur de communication à l'université de Lorraine à Metz joint par Europe1.fr. Il retourne la question : "pourquoi ne seraient-ils pas sur Twitter ? Les terroristes ont toujours utilisé les technologies du moment."

"Compléter la panoplie de communication"

Cassettes vidéo, mails… aujourd'hui, ce sont les réseaux sociaux aux multiples avantages. "Twitter est un réseau social maintenant bien établi qui touche potentiellement des millions de personnes. C'est un outil souple, qui permet d'envoyer un message rapidement et de le diffuser de manière virale", met en avance Arnaud Mercier. Le site de micro-blogging vient ainsi "compléter leur panoplie de communication". "Ils peuvent poster une vidéo sur un site, puis envoyer le lien sur Twitter, puis faire de même avec un communiqué de presse.

Twitter permet "l'accès instantané à de nombreux journalistes" dont "les retweet sont un atout de diffusion presque instantanée", explique à Europe1.fr Jean-Marie Charon, sociologue et spécialiste des médias. Et contrairement aux agences de presse, Twitter est également surveillé par "les institutions, les politiques, y compris l'adversaire, la police, l'armée…"

Eviter les journalistes

Mais pas seulement. Avec Twitter, "plus besoin de journalistes pour toucher un large public", note Arnaud Mercier. Les groupes terroristes peuvent éviter toute censure, poster les photos qu'ils souhaitent au moment qu'ils choisissent. Car "on parle des 140 caractères contenus dans un tweet et combien c'est pauvre. Mais on oublie qu'on peut ajouter ce qu'on veut : des textes, des vidéos, des photos…", ajoute Jean-Marie Charon. Les shebab ont ainsi pu diffuser la photo du soldat français décédé, alors que les médias ont choisi de ne pas la publier. Et ainsi "toucher directement une frange favorable de la population", note de son côté Jean-Marie Charon. "On se souvient que Mohamed Merah regardait beaucoup d'images publiées par des groupes terroristes."

Et Twitter dans tout ça ? "Leur position est très claire", selon Arnaud Mercier. "Ils ne sont que le canal de communication. En les attaquant sur le contenu des tweets, c'est comme si vous portiez plainte contre La Poste."