Les Ivoiriens en colère

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Les Ivoiriens en colère
@ MAXPPP
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Le risque d'une confrontation entre partisans d'Alassane Ouattara et de Laurent Gbagbo grandit.

C’est un scrutin qui divise le pays. Alors que le Conseil constitutionnel a invalidé la victoire d’Alassane Ouattara à l’élection présidentielle et donné Laurent Gbagbo vainqueur, la tension monte entre les deux camps. Un proche de l'ancien Premier ministre, Alassane Ouattara, a mis en garde contre une nouvelle guerre civile, alors que le scrutin devait favoriser la réunification du pays.

"On nous vole notre victoire"

Des jeunes sont sortis par centaines vendredi après-midi pour exprimer leur colère après l'annonce du Conseil constitutionnel. Dans les quartiers populaires de Koumassi et Marcory (sud), ses partisans, parfois vêtus de T-shirts à l'effigie de leur héros, ont dressé des barricades sur des voies et mis le feu à des pneus ou des bouts de bois. De nombreuses colonnes de fumée s'élevaient au-dessus de la ville, a-t-on constaté. "On nous vole notre victoire!", criait l'un d'eux.

Les policiers restaient à distance sans intervenir et à l'approche du couvre-feu à 20 heures, ces sympathisants amers étaient rentrés chez eux, ont témoigné des habitants. Mais à Yopougon (ouest), fief du chef de l'Etat où les forces de l'ordre s'étaient déployées en nombre aux points stratégiques, ses inconditionnels avaient exulté aux cris de "Gbagbo président" et "on a installé Gbagbo".

"On s'en fout de l'ONU"

"On s'en fout de l'ONU, on s'en fout des Blancs", lançaient quelques-uns au bord d'une route, alors que le chef des Nations-unies Ban Ki-moon a reconnu la victoire d’Alassane Ouattara. A Bouaké, "capitale" de l'ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) et bastion d’Alassane Ouattara - et dont les résultats ont été invalidés par le Conseil constitutionnel - des jeunes partisans de l'opposant ont également dressé des barricades en différents points de la ville, en scandant "Gbagbo voleur". Elles ont été levées en fin de journée, a-t-on constaté.

"Gbagbo a supprimé le vote de Bouaké parce que, selon lui, Bouaké ne fait pas partie de la Côte d'Ivoire", a assuré Nassaba Koné, mère de famille de 45 ans. "Qu'il parte, on ne veut plus de lui!" "C'est de la dictature!", s'est indigné Daouda Diallo. Pour ce commerçant, "la communauté internationale va trancher, sinon le pays va rester divisé".

Risque de bascule dans la violence

"C'est un bras de fer juridique qui peut faire basculer le pays dans la violence. Je pense que le pays a assez souffert et qu'on en avait pas besoin", a dit Jeanne Assiri, femme d'affaires de 27 ans rencontrée à Abidjan. "Pour moi, la commission électorale n'avait plus le droit de donner des résultats après le délai", a estimé Claude Kouadio N'Da. "Si le Conseil constitutionnel dit que Alassane (Ouattara) a gagné, on va accepter."

L'armée a fermé toutes les frontières jeudi soir "jusqu'à nouvel ordre", sans donner d'explication, et l'annonce des résultats a été faite sous haute protection de l'Onu, dans un hôtel plutôt qu'au siège de la CEI. L'organisme de régulation des médias a également suspendu la diffusion en Côte d'Ivoire des chaînes de télévision Canal+ Horizon, France 24, TV5 Monde et des radios RFI et BBC FM.

La Cour pénale internationale (CPI) a fait savoir qu'elle serait particulièrement attentive aux actes de violence dans le pays. Des incidents ont été signalés à Abidjan depuis le deuxième tour, faisant plusieurs morts par balles.