Le scandale PIP gagne l'Amérique du Sud
Les 1.000 victimes au total veulent une prise en charge de l'explantation des prothèses. © Reuters

Les 1.000 victimes au total veulent une prise en charge de l'explantation des prothèses.

Elles veulent se joindre au combat des victimes françaises. Deux associations de femmes, en Argentine et Venezuela, 1.000 porteuses de prothèses mammaires PIP défectueuses au total, veulent se constituer partie civile dans le cadre de l'information judiciaire ouverte pour homicide et blessures involontaires ouverte à Marseille. Ces plaintes s'ajouteront aux quelque 2.500 qui avaient déjà été reçues à Marseille en fin de semaine dernière.

Près de 80% des victimes des prothèses PIP sont en fait en Amérique du Sud. L'association "affectadas victimas PIP " regroupant 500 victimes en Argentine ainsi qu'une autre association de 500 vénézuéliennes ont donc donné mandat à un avocat français, Me Arie Alimi. Il devrait envoyer  les premières notifications à la juge d'instruction Annaïck Le Goff du pôle santé de Marseille dans les prochains jours.

En Argentine, 15.000 prothèses auraient été implantées, selon Me Alimi. Au Venezuela, environ 40.000 mammoplasties sont réalisées chaque année, mais aucune estimation du nombre de porteuses d'implants PIP n'a été communiquée. D'autres victimes potentielles, notamment au Brésil et en Colombie, pourraient suivre.

La chirurgie esthétique moteur social

"Il y a une culture du corps, une culture hédoniste en Amérique du sud", analyse l'avocat, Me Alimi sur Europe 1. "En Argentine, beaucoup de femmes originaires de classes sociales modestes ou défavorisées en ont besoin pour gravir les échelons sociaux, avancer dans une carrière, avoir un emploi ou tout simplement de correspondre à une norme corporelle", ajoute Me Alimi.

"Il y a de très nombreuses femmes en Argentine, même très jeunes, qui ont eu recours à cette chirurgie esthétique pour des coûts extrêmement faibles justement parce que les PIP ne valaient pas grand chose", rappelle Me Alimi sur Europe 1.

"Ces femmes se retrouvent avec des prothèses PIP et n’ont pas du tout les moyens d'avancer les frais médicaux pour cette explantation qui devient urgente. Je pense foncièrement qu’il n’y a qu’une seule possibilité aujourd’hui, c’est que l’Union européenne qui est à l’origine des directives en matière de dispositifs médicaux, qui a pour philosophie le libre échange, la libre circulation, est d’assumer la contrepartie de ce libéralisme économique qui a entraîné des victimes dans le monde entier, notamment en Argentine. L'Union européenne doit assumer la création d’un fonds d’indemnisation des victimes étrangères pour permettre dans l’urgence, la prise en charge de ces explantations en Argentine", conclut l'avocat.

La responsabilité de l'Afssaps questionnées

Les futures plaignantes sud-américaines s'interrogent également sur "les éventuelles responsabilités de l'Afssaps", l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, "et du laboratoire allemand TÜV" Rheinland, organisme certificateur, a prévenu Me Alimi.

Ses clientes se porteront également partie civile à l'audience dans l'autre volet judiciaire de l'affaire, qui devrait donner lieu en 2012 à un procès devant le tribunal correctionnel de Marseille pour tromperie aggravée sur une marchandise.