Le principal opposant de Poutine abattu à Moscou

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Le principal opposant de Poutine abattu à Moscou
@ AFP
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Cette figure majeure de l'opposition a été assassinée vendredi soir à quelques mètres du Kremlin. Vladimir Poutine a promis samedi de tout faire pour châtier les assassins.

L'opposant russe et ancien vice-premier ministre Boris Nemtsov a été tué par balles en plein centre de Moscou, devant le Kremlin, dans la nuit de vendredi à samedi, "un assassinat qui a tout d'une provocation", selon le président Vladimir Poutine. Boris Nemtsov était un virulent critique de l'implication de la Russie dans le conflit en Ukraine. L'opposition prévoit une marche dimanche à Moscou. 

Des coups de feu dans le dos. Boris Nemtsov a été abattu vendredi soir dans le centre de Moscou, à quelques mètres du Kremlin. Âgé de 55 ans, Boris Nemtsov a reçu quatre coups de feu dans le dos, tirés à partir d'une voiture blanche qui a ensuite pris la fuite, a précisé le ministère de l'Intérieur .Une porte-parole des forces de police a ajouté qu'il traversait un pont enjambant la rivière Moskova en compagnie d'une femme ukrainienne, cette dernière n'ayant pas été blessée. "Il ne fait aucun doute que ce crime a été minutieusement planifié, tout comme le lieu qui a été choisi pour le meurtre", sur le Grand pont de pierre, juste à côté du Kremlin, a écrit le Comité d'enquête russe dans un communiqué.  





L'assassinat le plus important de l'ère Poutine. Boris Nemtsov est, de loin, la figure de l'opposition la plus en vue assassinée depuis l'arrivée au pouvoir, il y a 15 ans, de Vladimir Poutine. Le président russe s'est empressé de condamner le meurtre de Boris Nemtsov, ajoutant avoir placé l'enquête sous son ordre et suggérant qu'il a pu s'agir d'un "contrat" et d'une"provocation" juste avant une grande manifestation de l'opposition que devait mener la victime dimanche à Moscou. "Tout sera fait pour que les organisateurs et exécutants de ce crime lâche et cynique reçoivent le châtiment qu'ils méritent", a affirmé le président russe.





Mais l'assassinat de Boris Nemtsov met l'accent sur les pressions qui pèsent sur les opposants politiques depuis le début du troisième mandat présidentiel de Vladimir Poutine, avec notamment des emprisonnements de certains d'entre eux après le vaste mouvement de protestation contre le Kremlin intervenu il y a trois ans. D'autres responsables de l'opposition ont fui le pays.

Nemtsov était inquiet pour sa vie. "Qu'un dirigeant de l'opposition puisse être abattu à côté des murs du Kremlin dépasse l'imagination. Il n'y a qu'une seule explication possible : il a été tué pour avoir dit la vérité", a déclaré Mikhaïl Kasianov, un autre responsable de l'opposition. Boris Nemtsov, fervent opposant au conflit ukrainien, se disait lui-même inquiet pour son sort. Près de deux semaines avant son assassinat, l'opposant confiait ainsi à un hebdomadaire russe ses craintes et celles de sa famille quant à sa sécurité. Quelques heures avant d'être assassiné, Nemtsov avait appelé les Russes à manifester dimanche dans la capitale russe contre l"'agression de Vladimir Poutine" en Ukraine, où le conflit a fait 5.800 morts en dix mois.

"La décision a été prise d'annuler la manifestation et d'organiser à la place une marche dans le centre de Moscou" à la mémoire de Nemtsov, a déclaré l'un de ses compagnons de lutte dans l'opposition, l'ancien Premier ministre de Vladimir Poutine Mikhaïl Kassianov. Les autorités ont donné leur accord pour une marche qui pourra rassembler jusqu'à 50.000 participants. 





La communauté internationale indignée. Le président américain Barack Obama a condamné "le meurtre brutal" de l'opposant russe, appelant, dans un communiqué, Moscou à mener "rapidement une enquête impartiale et transparente" et à faire en sorte que "les responsables soient traduits en justice". François Hollande a dénoncé samedi l'"assassinat odieux" de l'opposant russe et ancien vice-premier ministre Boris Nemtsov, saluant la mémoire d'un "défenseur courageux et inlassable de la démocratie". Quant à Angela Merkel, elle s'est dite "consternée" par un "meurtre lâche".





La liste des opposants tués s'allonge. Plusieurs opposants ont été tués ces dernières années en Russie, notamment la militante des droits de l'Homme Natalia Estemirova en Tchétchénie, l'avocat Stanislav Markelov et la journaliste Anastasia Babourova à Moscou de même que la journaliste Anna Politkovskaïa. Les exécutants ont parfois été arrêtés et condamnés mais pas les commanditaires. L'ancien numéro un soviétique,Mikhaïl Gorbatchev, a d'ailleurs exprimé sa crainte que les assassins ne soient pas arrêtés: "Il faut trouver les tueurs, mais dans ce genre de crime (...) il est parfois difficile de les trouver".