Le piratage de Sony vire au bras-de-fer diplomatique

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Le piratage de Sony vire au bras-de-fer diplomatique
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DIPLOMATIE 2.0 - Obama assure que les Etats-Unis "répondront" à la cyber-attaque de Pyongyang qui a visé le film "L'interview qui tue".

Le piratage des studios de cinéma Sony Pictures est en train de virer au conflit diplomatique. Déjà soupçonnée d'être à l'origine de cette attaque informatique, la Corée du Nord a été clairement pointée du doigt par l'administration américaine. Le président américain Barack Obama a promis vendredi de punir Pyongyang pour ce piratage provoqué par un film humoristique tournant en dérision le régime nord-coréen. Mais les possibilités de sanctions sont limitées face à un pays déjà ciblé par un embargo. Et la Corée du Nord a décidé d'occuper le terrain... en proposant une enquête commune avec les Etats-Unis.

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© AFP/BRENDAN SMIALOWSKI

Obama promet que les Etats-Unis "répondront". Victime d'attaques informatiques, Sony Pictures a annulé mercredi la sortie prévue pour Noël de "L'interview qui tue!", comédie parodique sur un complot fictif de la CIA pour tuer le leader nord-coréen Kim Jong-Un. Il faut dire que, selon le FBI, ce n'est pas un groupe de hackers indépendants mais un Etat qui serait derrière cette attaque : la Corée du Nord.

Le président Obama est donc intervenu vendredi soir, formulant l'avertissement suivant : "nous répondrons de manière proportionnée et nous répondrons à un moment, à un endroit et d'une manière que nous choisirons". "Nous ne pouvons pas avoir une société dans laquelle un dictateur quelque part peut commencer à imposer une censure ici aux Etats-Unis", a insisté le président américain, en pointant du doigt la Corée du Nord.

Les Etats-Unis pèsent leurs mots. Mais les Etats-Unis hésitent sur la manière de riposter face à un pays déjà sous un strict embargo. Personne ne s'attend non plus à ce que Washington lance des frappes militaires contre un provocateur équipé de l'arme nucléaire. En outre, de possibles sanctions contre le régime communiste à l'économie déjà anémique, ou des attaques internet contre son réseau internet délabré ne mèneraient pas à grand chose. "Je suis sur qu'ils étudient des options de répliques secrètes en gardant en tête qu'on ne veut pas lancer un conflit armé sur la péninsule coréenne", a remarqué James Lewis, expert en cyber-conflits du centre de réflexion CSIS.

Dimanche, Barack Obama a tenu à faire retomber la pression et déclaré que la cyber-attaque était à ses yeux un acte de "cyber vandalisme" et non un acte de guerre. "Non, je ne pense pas que cela ait été un acte de guerre. Je pense que c'était un acte de cyber vandalisme qui a été très coûteux. Nous le prenons très au sérieux", a déclaré le président Obama dans un entretien dimanche à la télévision CNN.

Séoul accuse aussi Pyonyang. La Corée du Sud n'a pas tardé à prendre position, accusant son voisin du Nord d'être derrière ce piratage. "Nous exprimons nos regrets profonds et condamnons de telles actions nord-coréennes qui portent une grave atteinte à l'ouverture et à la sécurité du cyber-espace et représentent un acte criminel qui a entraîné des pertes matérielles", a déclaré le ministère sud-coréen des Affaires étrangères.

Le ministère relève "les similitudes entre les attaques contre Sony Pictures et celles menées contre des banques sud-coréennes et d'autres (entités) en mars l'an dernier". Séoul a indiqué être prêt à partager avec les Etats-Unis les informations "liées à la cyber-attaque contre Sony" et à renforcer la coopération internationale pour faire face à de nouvelles menaces informatiques.

La Corée du Nord propose une enquête collective. Mis en cause, Pyongyang a répondu samedi en misant sur la coopération. "Puisque les Etats-Unis répandent des allégations sans fondement et nous diffament, nous leur proposons une enquête conjointe", a indiqué le ministère nord-coréen des Affaires étrangères. "Sans aller jusqu'à recourir à la torture comme l'a fait la CIA américaine, nous avons les moyens de prouver que nous n'avons rien à voir avec cet incident", a ajouté le ministère, cité par l'agence officielle KCNA.

Sony malmené pour avoir "capitulé". Si l’administration américaine a mis en cause la Corée du Nord, elle a aussi regretté le comportement du studio hollywoodien. Barack Obama a estimé que Sony Pictures Entertainment (SPE) avait commis "une erreur" en annulant la sortie en salles de "L'interview qui tue". Le patron de Sony Pictures Michael Lynton a quant à lui vigoureusement défendu son groupe: "nous n'avons pas capitulé", a-t-il martelé. Mais le studio craint de s'être fait dérobé plusieurs de ses prochains films et redoute que les pirates ne se vengent en mettant en ligne gratuitement des long-métrage pour lesquels Sony Pictures a investi des millions de dollars.

Sony a néanmoins assuré qu'il "espérait toujours" sortir le film sur "des plateformes différentes", comme les sites de streaming ou vidéos à la demande, les DVD ou même sur le site de vidéos Youtube. Avant de préciser... que cela s'avérait ardu alors qu'aucun "site de vidéo à la demande, aucun site commercial", n'avait pour l'instant accepté de diffuser le film que ce soit en version numérique ou en DVD. Et Sony Pictures d'ajouter que les autres studios n'ont pas fait preuve de solidarité : "nous nous sommes retrouvés seuls".

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© DR

Mais au fait, c'est quoi ce film ? Porté par les acteurs Seth Rogen et James Franco, "L'interview qui tue" raconte de manière ironique et délurée un complot fictif de la CIA pour assassiner le leader nord-coréen Kim Jong-Un. Un film parodique truffé de références et qui malmène l'image du dirigeant nord-coréen. Le régime de Kim Jong-Un est donc accusé d’avoir voulu faire pression à plusieurs reprises. Il aurait d'abord poussé les réalisateurs à modifier certaines scènes, puis aurait donc piraté le studio holluywoodien.