Le pape a-t-il eu raison de tacler Donald Trump ?

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avec AFP , modifié à
Les critiques du souverain pontife à l’égard du candidat républicain pourraient finalement être favorables au sulfureux homme d’affaires.

Le contexte. Interrogé sur ce qu’il pensait de Donald Trump, le pape a estimé qu’"une personne qui veut construire des murs et non des ponts n'est pas chrétienne", en faisant référence aux murs que souhaite construire le républicain entre les Etats-Unis et le Mexique.

Fidèle à sa réputation, Donald Trump a très vite répondu au souverain pontife. "Qu’un leader religieux mette en doute la foi d'une personne est honteux", a-t-il d'abord répliqué avant de faire marche arrière en affirmant que le pape était "un type formidable". Mais finalement, quand le milliardaire américain Donald Trump riposte durement au pape François, ce n'est pas forcément un mauvais calcul politique. "Cette remarque du pape a permis à Donald Trump de conforter sa position "anti-establisment"", estime l'historien François Durpaire, qui souligne "que cette polémique ne fera pas perdre de voix au candidat républicain".
 
Méfiance pour la hiérarchie religieuse. En Caroline du Sud, où la primaire républicaine se tient samedi, les deux tiers des habitants sont protestants. Les protestants évangéliques y sont même le bloc électoral le plus important à la primaire républicaine : 65% des votants en 2012, selon les sondages de sortie des urnes. Les catholiques américains vivent plutôt dans le nord-est des Etats-Unis (New York, New Jersey, Massachusetts...).

Dans la famille évangélique, les croyants se méfient particulièrement de toute hiérarchie religieuse. Et aux Etats-Unis, la popularité du pape est d'ailleurs plus forte à gauche qu'à droite : 67% des conservateurs en ont une opinion favorable contre 80% des Américains de gauche, selon l'institut Pew en janvier. "Il faut savoir que le pape est perçu comme une puissance extérieure", insiste François Durpaire.

Trump défendu par ses rivaux. Les candidats rivaux de Donald Trump, étonnamment, ont plutôt pris son parti, signe que chez les Républicains, les conseils politiques du pape ne sont pas les bienvenus. "Je ne remets en cause le christianisme de personne, car je crois honnêtement que c'est une relation entre soi-même et notre Créateur", a commenté Jeb Bush devant des journalistes : "quand quelqu'un de l'extérieur parle de Donald Trump, ça ne fait qu'inciter les gens à mal se comporter". Jeb Bush est catholique, de même que Marco Rubio, sénateur de Floride. Les deux hommes ont en substance demandé au pape de rester à sa place de chef religieux. Marco Rubio s'est donc permis de corriger le pape, en répétant que les Etats-Unis accueillaient chaque année environ un million d'immigrés permanents. "Le Saint-Père doit reconnaître la générosité de l'Amérique", a-t-il dit sur CNN.

L'épisode rappelle la visite historique du pape à Washington en septembre, quand il avait été accueilli chaleureusement à droite et à gauche de l'échiquier politique, malgré sa réputation de pape "gauchiste". Lors de son discours devant le Congrès, il avait appelé les élus à se mobiliser contre le changement climatique, pour l'accueil de réfugiés, contre la peine de mort... des positions très politiques et diamétralement opposées de celle des républicains majoritaires, qui avaient poliment refusé d'engager le débat.

Le pape "piégé par le journaliste". Mais quelques catholiques ont volé au secours de François. Bill Donohue, président de la Ligue catholique, a supposé que le pape s'était fait piéger par les journalistes et souligné qu'il avait donné "le bénéfice du doute" à Donald Trump. Et le père Timothy Kesicki, président de la Conférence jésuite des Etats-Unis, a tempéré en disant, sur CNN, que Jorge Bergoglio s'était attaqué "à une idée plus qu'à une personne". Reste à savoir si en Caroline du Sud samedi, les chrétiens évangéliques bouderont Donald Trump ou pas. Jusqu'à présent, le sénateur du Texas Ted Cruz a remporté les faveurs du groupe dans l'Iowa, mais de peu.