Le Panama, l’irréductible paradis fiscal

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Le Panama, l’irréductible paradis fiscal
@ RODRIGO ARANGUA / AFP
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Cet Etat d’Amérique centrale est considéré comme un trou noir financier par les ONG anti-corruption.

"Nous sommes confiants dans la volonté des autorités panaméennes de lutter contre l'évasion fiscale". Cette déclaration faite en 2011, par le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères d'alors, Bernard Valero, semble aujourd’hui bien naïve, après la révélation des "Panama papers", vaste enquête sur les avoirs dans les paradis fiscaux de 140 responsables politiques ou personnalités de premier plan.

Le trou noir financier. A l’époque, le ministre panaméen des Affaires étrangères, Roberto Henriquez, avait rejeté "catégoriquement" les déclarations "injustes" et offensantes" de Nicolas Sarkozy accusant le Panama d'être un paradis fiscal. Aujourd’hui, ces accusations ne font plus l’ombre d’un doute.

Coincé entre le Costa Rica et la Colombie, le Panama tient une solide réputation mondiale : celle de trou noir financier. Là où d’autres paradis fiscaux comme la Suisse, le Liechtenstein ou encore Singapour se sont engagés à échanger automatiquement leurs données sur les contribuables étrangers qui placent leur argent chez eux, le Panama lui, joue le cavalier seul.

Le Panama concentre les critiques. En effet, depuis 2009, un affaiblissement du secret bancaire a été observé grâce à 90 pays qui se sont engagés à échanger automatiquement leurs informations financières d'ici 2018. Mais le Panama, lui, n’est pas encore passé aux actes. Avec plus de 100.000 sociétés dotées du statut offshore d’International Business Corporation, totalement opaques et exonérées d’impôts, le pays est décrit comme une nébuleuse où vient se recycler l’argent du crime et de la fraude.

D'après une liste de la Commission européenne publiée en juin, 30 juridictions sont encore jugées insuffisamment coopératives. Parmi elles, des îles des Caraïbes, comme Anguilla et Antigua-et-Barbuda, mais aussi les Seychelles ou le Liechtenstein. L'OCDE, quant à elle, recense 38 juridictions devant faire des progrès.

Entendu sur Europe 1
La juridiction la plus opaque de toutes, c’est le Panama

Mais un pays concentre les critiques : le Panama, considéré par les ONG comme un mouton noir de la lutte anti-corruption, en raison notamment de son grand nombre de sociétés offshore et de sa réticence à rendre plus transparentes les fameuses "actions aux porteurs".

"Le "black money" (l’argent issu de la drogue et du crime) s'est concentré dans les juridictions qui restaient les plus opaques, et la plus opaque d'entre toutes, c'est le Panama", souligne Pascal Saint-Amans, qui évoque une "ligne de front" : "plus on avance, plus les fraudeurs se concentrent sur les pays qui n'ont pas fait de progrès". Hormis le Panama, seuls trois autres "irréductibles", Bahreïn, Nauru et Vanuatu, refusent de s’engager à faire de l’échange automatique de données.