Le Kirghizistan change de tête

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Le Kirghizistan change de tête
@ REUTERS
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Le président est en fuite, et un gouvernement provisoire a pris le pouvoir à Bichkek.

La dirigeante d'opposition Roza Otounbaïeva a déclaré jeudi avoir pris la tête d'un gouvernement de transition au Kirghizistan, après une journée d'affrontements entre opposants et forces de l'ordre qui ont fait au moins 65 morts. Cette ancienne alliée du président Kourmanbek Bakiev a demandé la démission du chef de l'Etat, qui a fui la capitale pour se réfugier à Och, son bastion du sud du pays. "Un gouvernement intérimaire est maintenant en place et je suis à sa tête", a dit la dirigeante.

"Je n'ai pas le projet de quitter le pays et je ne vais pas démissionner de la présidence", a réagi vendredi le président déchu, Kourmanbek Bakiev, avant de se déclarer prêt à négocier avec le gouvernement intérimaire mis en place par l'opposition : "Je serai prêt à m'asseoir à la table de négociations avec l'opposition".

Entre 65 et 100 morts

"Il restera en place un semestre, durant lequel nous allons élaborer la constitution et créer les conditions pour une élection présidentielle libre et juste", a ajouté Roza Otounbaïeva, qui avait contribué il y a cinq ans à porter au pouvoir le président Kourmankek Bakïev après la "révolution de la tulipe". "Nous voulons qu'il démissionne. S'il résiste à notre appel, je ne sais pas (ce qui peut arriver). Le pays tout entier est aux mains d'un pouvoir alternatif", a-t-elle prévenu.

Ce pays d'Asie centrale de 5,3 millions d'habitants est en proie depuis début mars à des violences alimentées par la pauvreté, la hausse des prix et la corruption. Un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté. L'opposition semble avoir renversé le gouvernement après une journée de violents affrontements dont le bilan varie selon les sources. Le ministère de la Santé a porté le bilan de ces violences à 75 tués à Bichkek et plus de 400 blessés dans l'ensemble du pays. L'opposition parlait mercredi d'une centaine de morts, le président déchu a affirmé vendredi ne pas avoir donné aux soldats l'ordre de tirer.

Ministres passés à tabac

Dans la journée de mercredi, un millier de manifestants ont pris d'assaut et incendié les bureaux du procureur général. D'autres ont tenté de forcer avec deux camions la clôture protégeant les bâtiments gouvernementaux. Des soldats ont répliqué par des tirs. Des militants de l'opposition ont également pris le contrôle de la chaîne de télévision publique KTR et se sont emparés de bureaux gouvernementaux dans trois autres villes.

A Talas, où les heurts ont commencé mardi, le premier vice-premier ministre Aklibek Djaparov et le ministre de l'Intérieur Moldomousa Kongantïev ont été passés à tabac, ont rapporté deux témoins. Des tirs sporadiques se sont fait entendre dans la nuit dans la capitale, où des magasins ont été pillés et dont les rues étaient jonchées de bris de verre et de débris. Plusieurs bâtiments étaient encore en feu, dont les bureaux du procureur général. Selon l'agence de presse kirghize Kabar, des pillards ont mis à sac et incendié une demeure appartenant à la famille de Bakiev.