Le Japon relance le nucléaire, quatre ans après Fukushima

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Le Japon relance le nucléaire, quatre ans après Fukushima
Les opérateurs de la centrale de Sendai ont relancé le réacteur le 11 août 2015 @ Jiji Press / AFP
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Le Japon vient de relancer son réacteur nucléaire de Sendai, plus de quatre ans après le drame de Fukushima.

Après la catastrophe de Fukushima en 2011, le gouvernement japonais avait décidé de fermer progressivement toutes les centrales nucléaires du pays. Mais Tokyo vient de remettre en service un premier réacteur, au grand dam des organisations écologistes, hostiles à tout redémarrage. "Le réacteur numéro 1 de la centrale de Sendai a redémarré à 10H30 (01H30 GMT)", a annoncé à l'AFP un porte-parole de la compagnie Kyushu Electric Power.

Il s'agit du premier réacteur remis en service en conformité avec la nouvelle réglementation entrée en vigueur en juillet 2013 afin de rendre les centrales nucléaires plus aptes à faire face à une catastrophe naturelle, un attentat terroriste ou un crash d'avion.

"La première priorité est la sécurité". Le coeur du réacteur devrait entrer en réaction en chaîne auto-entretenue à compter de mardi après-midi. Après avoir été relancé, le réacteur "Sendai 1", situé à quelque 1.000 kilomètres au sud-ouest de Tokyo et exploité par la compagnie Kyushu Electric Power, devrait commencer à générer de l'électricité le 14 août. Le retour à une exploitation normale est prévu "à compter de début septembre".

L'opération de redémarrage du réacteur s'est déroulée sous la supervision de l'autorité de régulation nucléaire. "La première priorité est la sécurité", a insisté lundi le porte-parole du gouvernement, Yoshihide Suga.

Des normes plus sévères. Le réacteur "Sendai 1", entré en service en juillet 1984, avait été éteint le 10 mai 2011 pour son 21e cycle de maintenance régulière, respectant alors le calendrier habituel qui prévoit 3 à 4 mois d'arrêt de routine après 12 à 13 mois de fonctionnement. Il n'a toutefois pas été réactivé depuis, car, à l'aune du désastre de Fukushima, dont l'ampleur a dépassé toutes les dispositions techniques de sûreté, les autorités japonaises ont décidé d'instaurer des normes de sécurité plus sévères.

Auparavant, une catastrophe similaire à celle qui a frappé la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, avec rupture totale de l'alimentation des systèmes de refroidissement et fusion simultanée de plusieurs cœurs - était considérée comme impensable. Aujourd'hui, il s'agit d'une possibilité envisagée. 





Des centrales thermiques à pleine puissance. Plusieurs jours d'exercices ont donc eu lieu récemment sur le site de Sendai sur la base d'un scénario similaire à celui de 2011, où plus de 150.000 habitants de la région avaient dû partir précipitamment. Après le désastre, les 48 réacteurs de l'archipel ont progressivement été stoppés. Les deux derniers réacteurs, Ohi 1 et 2, dans l'ouest du pays, avaient été arrêtés en septembre 2013. Le Japon, dont un peu plus d'un quart de l'électricité était d'origine nucléaire avant le séisme et le tsunami de 2011, est ainsi totalement privé d'énergie atomique depuis près de deux ans.

Le pays compense avec des centrales thermiques tournant à pleine puissance ou remises spécialement en marche et aucune coupure n'a eu lieu depuis l'arrêt total des réacteurs. Aucune restriction n'a été imposée non plus. Mais, même si l'électricité produite est suffisante, le gouvernement du conservateur Shinzo Abe assure que les réacteurs nucléaires sont indispensables, en raison du surcoût économique de l'achat des hydrocarbures nécessaires au fonctionnement des centrales thermiques. Autre argument : selon le gouvernement, les entreprises se restreignent et cela ralentit le potentiel de croissance du pays. L'emploi extensif des centrales thermiques empêche le pays d'afficher d'ambitieux objectifs en matière de rejets de CO2 et autres gaz à effet de serre.

Une population perplexe. Les organisations écologistes sont hostiles à ce redémarrage pour des raisons d'impact environnemental et de sûreté, les risques sismiques et volcaniques étant selon elles sous-évalués. "Le gouvernement japonais reste attaché à une économie basée sur l'énergie nucléaire et fossile, mais la réalité est que le Japon a le potentiel de générer 56% de son électricité à partir de sources renouvelables d'ici 2030, ce qui permettrait de réduire les émissions de carbone", insiste Ai Kashiwagi de Greenpeace.



Manifestation anti nucléaire Japon JIJI PRESS / AFP 714

Manifestation, le 9 août dernier, contre le redémarrage de la centrale nucléaire de Sendai © Jiji Press / AFP




La population, elle, demeure perplexe : d'après un sondage du quotidien Mainichi Shimbun auprès de 1.000 personnes, 57% sont contre la relance de Sendai et 30% la soutiennent. Ils vont devoir s'y faire : d'autres réacteurs, dont l'unité voisine du "Sendai 1", en sont presque au même stade que le réacteur qui doit être redémarré mardi. Trois autres unités ont de leur côté reçu un premier feu vert de l'autorité nucléaire, même si elles ont encore plusieurs étapes à franchir avant une éventuelle remise en exploitation.