Le Japon pense encore au nucléaire

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Le Japon pense encore au nucléaire
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Malgré Fukushima, le Premier ministre a évoqué de nouveaux réacteurs nucléaires… "différents."

L'INFO. La triste page Fukushima est-elle définitivement tournée au Japon?  Le Premier ministre nippon, le conservateur Schinzo Abé, évoque déjà la construction de nouveaux réacteurs nucléaires. "Les nouveaux réacteurs seront différents de ceux construits il y a quarante ans", a en effet avancé le chef du gouvernement, cité lundi par le quotidien Mainichi. "Nous les construirons en expliquant au public à quel point ils sont différents, de façon à gagner sa compréhension", a-t-il poursuivi.

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© MAXPPP

Le contexte. Parmi les 50 réacteurs du Japon, 48 sont maintenus à l'arrêt en raison des nouvelles mesures de sécurité exigées depuis l'accident de Fukushima en mars 2011, la pire catastrophe du secteur depuis celle de Tchernobyl. Quelque 160.000 personnes ont quitté la région contaminée, dont une partie est devenue totalement inhabitable et le démantèlement des réacteurs endommagés devrait durer une quarantaine d'années. Depuis, la contestation contre ce type d'alimentation énergétique ne cesse d'enfler.

>> À lire : Fukushima, un désastre crée par l'homme

Le nucléaire indispensable pour les uns... Schinzo Abé, entré en fonction il y a cinq jours, a cru bon de souligner que seule la centrale Fukushima Daiichi avait été endommagée par le tsunami, et que toutes les autres dans la région avaient résisté. Les conservateurs estiment, en écho au lobby industriel, que le Japon ne peut se passer complètement d'énergie nucléaire. Depuis l'accident de Fukushima, l'archipel a nettement augmenté ses importations d'hydrocarbures pour compenser l'arrêt de la quasi-totalité des réacteurs. Et la facture est jugée par beaucoup intenable pour un pays dont l'économie patine et la dette plonge. "Le public semble s'inquiéter de la capacité du Japon à produire suffisamment d'électricité", a justifié le Premier ministre.
Le Premier ministre du Japon Schinzo Abé, en visite dimanche à Fukushima

© Reuters

… dangereux pour les autres. Battu aux élections législatives du 16 décembre, l'ex-gouvernement de centre-gauche avait promis de sortir du nucléaire dans les années 2030. Des mouvements de gauche avaient même promis de cesser plus rapidement toute exploitation de l'énergie atomique. Dans la population, l’hostilité à l’égard du nucléaire a très largement augmenté. Des manifestations antinucléaires sont régulièrement organisées. A Tokyo, les plus importantes ont rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes. Des voix critiques jugent même que les conservateurs de retour au pouvoir portent une part de responsabilité dans la catastrophe de Fukushima. Elles estiment en effet que ce mouvement, au pouvoir quasiment sans interruption de la fin des années 1950 à 2009, a fermé les yeux sur des failles dans la sécurité de certaines centrales.

Une annonce qui tombe mal? Information inopportune pour le nouveau Premier ministre et ses projets nucléaires : des experts ont entrepris vendredi de nouveaux examens à la centrale nucléaire d’Ohi, au centre-ouest du pays. Ils soupçonnent la présence d’une faille sismique active à proximité de ses deux réacteurs, les derniers actifs dans le pays, et pourraient préconiser leur arrêt, rapportent The Japan Times.