Le dernier "message" de Marie Colvin

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Le dernier "message" de Marie Colvin
L'Américaine avait débuté sa carrière en 1984 à Paris comme chef du bureau de l'agence de presse United Press International.@ Max PPP
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Avant sa mort, la journaliste américaine a livré son ultime témoignage en provenance de la Syrie.

C'était une grande spécialiste du monde arabe. Elle avait couvert pendant trente ans quelques-uns des conflits les plus sanglants et les récentes révolutions du printemps arabe en Tunisie, Egypte et Libye. Marie Colvin, 56 ans, journaliste américaine et correspondante du Sunday Times, a trouvé la mort à Homs en Syrie, lors d'un bombardement mercredi. A plusieurs reprises, cette journaliste a bravé la mort lors de reportages de guerre, comme en attestait le bandeau à l'œil qu'elle arborait après une blessure au Sri Lanka.

"Aujourd'hui, j'ai vu un bébé mourir"

Dans son dernier compte-rendu depuis la ville rebelle de Homs, le principal foyer de la contestation en Syrie, envoyé quelques heures avant qu'elle soit tuée en compagnie du photographe français Rémi Ochlik, la journaliste décrit la mort d'un enfant blessé par un éclat d'obus.

"Aujourd'hui, j'ai vu un bébé mourir. Absolument terrible", témoigne, Marie Colvin, jointe par téléphone par la télévision BBC. Il avait seulement deux ans et s'est fait tirer dessus. Le docteur a dit qu'il ne pouvait rien faire. Et ce genre d'événements revient quotidiennement. Ici, personne ne comprend pourquoi la communauté internationale ne fait rien", ajoute-t-elle.

>>> Le dernier coup de fil à Marie Colvin (BBC) à écouter ici.

Elle collaborait également pour la chaîne américaine CNN. Elle revient avec Anderson Cooper, un célèbre journaliste américain, sur les derniers événements en Syrie : 

"Déchiqueté en morceaux par un obus de mortier"

Son dernier témoignage écrit de la guerre en Syrie dans le Sunday Times date de lundi 20 février. Elle intitule son reportage : " nous vivons dans la peur d'un massacre" (à lire ici). Elle raconte le quotidien des habitants de l'enclave de Baba Amr, à Homs.

"Notre maison a été frappée par une roquette. Nous vivons à 17 dans une chambre, se souvient cette femme, accompagnée par sa fille de 3 ans et son fils de cinq ans. Nous n'avons eu que du sucre et de l'eau pendant deux jours. Mon mari a essayé d'aller chercher de la nourriture. C'est la dernière fois qu'elle a vu Maziad, 30 ans, qui travaillait dans un atelier de téléphones portables. Il a été déchiqueté en morceaux par un obus de mortier", raconte cette femme syrienne à Marie Colvin.

 Un dernier reportage qui montrait tout l'envie de la journaliste de faire témoigner les acteurs de cette répression sanglante. Lors d'une prise de parole en novembre 2010, Marie Colvin avait expliqué qu'elle était parfaitement consciente des risques encourus dans son métier."Notre mission est de rapporter les horreurs de la guerre avec exactitude et sans préjugés", avait-elle dit. "Nous devons toujours nous interroger si l'histoire en vaut le risque. Qu'est-ce que le courage et qu'est-ce ce que la bravade ?" Avant de conclure : "il n'a jamais été aussi dangereux d'être un correspondant de guerre parce que le journaliste en zones de combat est devenu une cible principale".