Le blogueur Hussein Ghrer raconte l'enfer des geôles syriennes

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Le blogueur Hussein Ghrer raconte l'enfer des geôles syriennes
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RENCONTRE – Hussein Ghrer a passé deux et demi dans les prisons du régime de Bachar al-Assad, dont neuf mois dans l’isolement et le secret le plus total.

INTERVIEW

Depuis trois semaines, Hussein Ghrer commence une toute nouvelle vie. Ce blogueur syrien, qui vient tout juste de rejoindre sa femme et ses enfants en Allemagne, a passé deux ans et demi dans les prisons du régime de Bachar al-Assad, en Syrie. De passage à Paris aux côtés des défenseurs des droits de l’homme d’Amnesty International, Hussein Ghreh raconte l’horreur des prisons et dénonce les disparitions forcées de plus de 150.000 Syriens depuis le début de la guerre civile en 2011.

On a été emprisonnés tous ensemble dans une cellule de 2 mètres sur 1,80m où on restait debout plus de 12 heures d'affilée.

En février 2012, alors qu’il travaillait au centre syrien pour les médias et la liberté d’expression à Damas, la capitale, Hussein Ghrer a été emmené par les agents des services de renseignements du régime. "Ils ont envahi notre bureau pour nous arrêter. Ils étaient une centaine alors qu'on n'était qu'une quinzaine. On a été emprisonnés tous ensemble dans une cellule de 2 mètres sur 1,80m où on restait debout plus de 12 heures d'affilée", raconte Hussein, caché derrière des petites lunettes rondes. Cet homme de 35 ans, à la coupe de cheveux impeccable et au pull noué sur les épaules, en paraît facilement dix de plus.

Pendant les neuf mois qui ont suivi son arrestation, personne n’a su – pas même lui – où il se trouvait. Sa femme et ses deux fils n’ont pu obtenir aucune information. Ne sachant pas si Hussein était encore vivant. "Le plus difficile, la vraie torture, dans cette situation, c’est quand vous savez que votre famille souffre puisqu’elle n’a aucune idée de l’endroit où vous vous trouvez, confie le blogueur, et puis, de mon côté, j’entendais les bombardements à l’extérieur, mais il m’était impossible de savoir si ma famille était sauve".

Ils nous faisaient juste entendre les cris des autres prisonniers qui étaient torturés dans une cellule à côté.

La torture, Hussein Ghrer l’a subie tout au long de sa détention. Physique et psychologique. "Au début, ils nous faisaient juste entendre les cris des autres prisonniers qui étaient torturés dans une cellule à côté. C'était suffisant pour terrifier n'importe qui. Puis, quand je me suis plaint de ces conditions de détention, ils ont commencé à me tabasser. Quand je me suis évanoui, un garde m'a frappé avec un tuyau vert pour me réveiller. Et quand je suis revenu à moi, ma tête saignait", se souvient le blogueur.

Pendant trois mois, Hussein n’a été autorisé qu’à 3 heures de sommeil par nuit. Pour le punir. Au-dessus de lui, des prisonniers menottés étaient suspendus au plafond. Hussein se souvient d’avoir vu, chez certains, leurs os sortir de leur chair. "Alors pour moi ce n'est pas grand-chose ce que j'ai vécu, comparé à eux, car je suis vivant aujourd'hui", se sent-il obligé de souligner, presque comme pour s’excuser d’avoir parlé de sa propre condition.

Et puis un jour, Hussein pense qu’il est enfin libre. L'Armée Syrienne Libre, qui combat le régime de Bachar al-Assad, vient l’aider à s’évader. Mais des combats éclatent et Hussein et ses camarades sentent une odeur étrange. Une odeur de gaz. Une arme chimique utilisée par le régime en 2013 et qui a tué plusieurs milliers de personnes.  

Les bombardements contre Daech tuent en fait beaucoup de civils.

Finalement, après neuf mois de détention dans le plus grand secret, Hussein est transféré dans la prison de Adra, dans la banlieue de Damas. Il y passe près de deux ans. Sa femme et ses fils peuvent enfin le voir et lui rendre visite.  Une période difficile pour ce père de famille. "Mon fils adorait dessiner notre famille. Ma femme m’a raconté que quelques semaines après ma disparition il avait fini par ne plus me mettre sur ses dessins. Il a expliqué à sa mère qu’il me redessinerait quand je serai de retour", raconte Hussein Ghrer.

Le 17 juillet 2015, Hussein est enfin libéré sans que les charges qui pèsent contre lui [il est accusé de diffusion d’information sur des actes terroristes] ne soient abandonnées. Sa femme et ses fils partent vivre en Allemagne. Hussein, lui, doit attendre le 31 août pour être enfin gracié et organiser sa venue en Europe. Aujourd’hui, Hussein Ghrer demande à l’occident de ne pas intervenir en Syrie. Les bombardements contre Daech "tuent en fait beaucoup de civils", dénonce le blogueur, pour qui l’urgence est avant tout de "faire pression sur la Russie, principal responsable de ces bombardements. Ensuite nous pourrons parler d’une résolution pour la Syrie".

"10 jours pour signer"

Vendredi, l’ONG Amnesty international a lancé sa campagne annuelle "10 jours pour signer" une pétition. Une campagne mondiale pour défendre les droits humains.