Lamy sur le Brexit : "Une perte économique, historique et d'influence si la Grande-Bretagne se sépare de l'UE"

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L'ancien directeur général de l'organisation mondiale du commerce (OMC) était l'invité de C'est arrivé cette semaine, samedi sur Europe 1.

INTERVIEW

Surprise : Barack Obama était à Londres jeudi et vendredi pour soutenir le maintien de la Grande-Bretagne en Europe et faire en sorte que les négociations sur le traité de libre-échange transatlantique (Tafta) se terminent par un accord équilibré. Ancien directeur général de l'organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal Lamy était invité dans l'émission C'est arrivé cette semaine, samedi sur Europe 1, pour revenir sur ces liens entre Europe et Etats-Unis.

"Une Europe forte pour le monde de demain". N'est-ce pas étonnant que Barack Obama se permette une ingérence dans la politique intérieure anglaise ? "C'est même un peu risqué parce que c'est une intervention extérieure. Mais le président des Etats-Unis considère que le monde de demain a besoin d'une Europe forte. C'est une position géopolitique qui se tient et si les Anglais venaient à voter pour la sortie de leur pays de l'Union européenne, l'Europe en sortirait affaiblie et la Grande Bretagne beaucoup aussi."

"Civilisation européenne". Pourtant, donner une leçon d'Europe aux Anglais pourrait paraître cavalier. "Ce n'est pas ce qu'il faudrait faire s'il était question des Français ou des Allemands, reconnaît le spécialise, mais les Anglais... Ils ont quand même une assez grande tendresse pour ce pays qui est un peu issu de leurs tripes." Néanmoins, voir Barack Obama faire de la contre pub au Brexit ne correspond pas à l'image d'une Amérique qui joue avec les Anglais contre l'Europe. Pour Pascal Lamy, ce schéma est "une caricature. Le monde de demain, c'est l'Inde, la Chine, l'Afrique. Il vaut donc mieux être plusieurs afin que les choses s'équilibrent. Si la Grande-Bretagne se séparait de l'UE, nous perdrions 15% de notre économie, 30% de notre influence extérieure et probablement 50% de notre pertinence historique. Les Anglais font partie de la civilisation européenne."

"Les maîtres du standard mondial". Quant aux échanges économiques entre l'Europe et les Etats-Unis, "ils ne peuvent pas se faire se faire à l'ancienne. Si on veut que nos producteurs bénéficient de marchés plus grands, il faut s'attaquer aux différences non plus de protection des producteurs mais des consommateurs." Ces normes, différentes selon les pays, ont longtemps été utilisées pour empêcher les produits d'arriver. Pascal Lamy pense qu'opter pour des normes communes sur la sécurité des vélos, des automobiles, des produits cosmétiques, de la banque et des assurances, par exemple, est possible. "Si on le fait, on devient les maîtres du standard mondial." C'est, selon lui, un avantage comparatif pour l'avenir : "Les Coréens, les Japonais, les Chinois devront s'ajuster à une norme euro-américaine."