L'affaire des e-mails d'Hillary Clinton peut-elle lui coûter la Maison-Blanche ?

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L'affaire des e-mails d'Hillary Clinton peut-elle lui coûter la Maison-Blanche ?
Si rien ne prouve pour l'instant que ces nouveaux courriels concernent directement Hillary Clinton, cette affaire pourrait bien faire basculer l'élection.@ AFP
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On la pensait jouer d'avance. L'élection américaine pourrait peut-être basculer après une nouvelle enquête du FBI sur les e-mails d'Hillary Clinton.

La relance surprise de l'affaire de sa messagerie personnelle place Hillary Clinton dans une situation délicate. Vendredi, James Comey, le directeur du FBI a annoncé dans une lettre au Congrès que ses enquêteurs avaient découvert de nouveaux messages potentiellement liés à l'affaire classée en juillet. Celle-ci concerne la messagerie privée que la candidate démocrate a utilisée pendant quatre ans au département d'Etat. Une pratique interdite qui aurait pu mettre en danger la sécurité nationale.

Le FBI n'a cependant pas encore regardé ces e-mails dans le détail. Il vient d'obtenir un mandat spécial pour enquêter. Si rien ne prouve pour l'instant que ces nouveaux courriels concernent directement Hillary Clinton, cette affaire pourrait bien faire basculer l'élection.

  • Pourquoi une simple affaire d'e-mails crée-t-elle autant de remous outre-Atlantique ?

C'est une question de principe. Plus que la pratique en elle-même, c'est l'attitude d'Hillary Clinton vis-à-vis de la loi qui est ici dénoncée. "Pour les Américains cette affaire prouve que l'ancienne secrétaire d'Etat se moque de la loi et l'adapte pour elle", analyse Jean-Eric Branaa, maître de conférence en politique à Paris 2-Assas, spécialiste de États-Unis." Or, aux États-Unis on ne transige pas avec la loi. Les citoyens doivent l'appliquer à la lettre et cela tient aussi pour les élus."

  • Visée par une enquête, Hillary Clinton peut-elle toujours être candidate ?

Aujourd'hui, la candidate démocrate est visée par une enquête. Elle n'est ni mise en examen, ni condamnée et il est peu probable qu'elle le soit d'ici le 8 novembre. Légalement, elle a donc le droit de se présenter à l'élection présidentielle. Dans les faits, il est également trop tard pour qu'elle ne soit plus candidate. "Son nom est sur tous les bureaux de vote, et environ 10 % des Américains ont déjà voté de manière anticipée. Hillary Clinton est candidate quoi qu'il arrive", assure Jean-Eric Branaa.

  • Cette affaire peut elle l'empêcher d'être élue ?

"Oui, si les électeurs votent par passion. Beaucoup de citoyens américains n'en peuvent plus. Les deux candidats sont particulièrement impopulaires", note le spécialiste de États-Unis. La Floride, l'un des Etats indécis a basculé rapidement pour Donald Trump après la révélation du directeur du FBI vendredi. Dimanche, Donald Trump était à 46% des intentions de vote dans cet Etat du sud contre 42% pour Hillary Clinton, selon un sondage New York Times Upshot/Siena College. 

"On est dans une guerre des tranchées. Les Américains votent, avec en tête, le mur de Trump et les e-mails de Clinton. Ils votent sur la forme plus que sur le fond", ajoute Jean-Eric Branaa. Et malgré les affaires que Donald Trump traîne comme des boulets - les impôts fédéraux qu'il n'aurait pas payé depuis près de 20 ans, les accusations d'agressions sexuelles - les électeurs continuent de voir en lui une figure anti-système. "Dès le début de sa campagne Donald Trump s'est placé dans une posture de gentil, du côté du peuple, contre les politiciens, c'est cela sa force. Rien ne prend vraiment avec Donald Trump. C'est ce que j'ai appelé la grande Trumperie", décrypte le spécialiste.

Toutefois, selon Vincent Michelot, spécialiste de l'histoire politique des États-Unis, si cette affaire peut avoir un léger effet dans les urnes, elle ne devrait pas être dévastatrice pour la candidate démocrate. "Certains Américains se sont déjà faits leur opinion. Et ils sont plusieurs millions à avoir déjà voté", nuance-t-il.

  • En cas de victoire, Hillary Clinton pourra-t-elle être destituée si l'enquête conclut à sa culpabilité ?

Ce serait uniquement une volonté politique. Hillary Clinton présidente peut se retrouver face à une Chambre des représentants composée d'élus républicains très remontés. "Ils peuvent faire voter l'impeachment, une mise en accusation qui, dans certains cas, aboutit à la destitution. Mais pour être effective, cette procédure doit être validée par le Sénat qui agirait alors comme une cour de justice et organiserait le procès", détaille le maître de conférence. Cela dépendra donc de la volonté politique des sénateurs.