La Thaïlande, une cocotte-minute prête à exploser

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La Thaïlande, une cocotte-minute prête à exploser
Des partisans des Chemises jaunes après l'annonce de la démission de la Première ministre@ Reuters
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La Première ministre a été poussée vers la sortie et la Thaïlande pourrait bien basculer dans la violence.

Elle est restée au pouvoir un peu plus de deux ans, accumulant les scandales de corruption. Mercredi, la Cour constitutionnelle thaïlandaise a poussé vers la sortie la Première ministre, condamnée pour abus de pouvoir. Yingluck Shinawatra a donc dû quitter son poste de chef du gouvernement. Sa destitution pourrait faire replonger la Thaïlande dans la violence. En 2010 déjà, une protestation politique avait fait près de 90 morts et 2.100 blessés. Europe 1 vous explique pourquoi ce basculement de pouvoir laisse présager le pire.

Chemises rouges contre chemises jaunes, la rivalité toujours d’actualité

Il y a quelques mois à peine, la Thaïlande faisait face à une opposition importante venue des Chemises jaunes. Ils réclamaient la démission de Yingluck Shinawatra, quitte à aller jusqu’à l’affrontement physique avec les forces de l’ordre. La situation avait fini par se calmer, mais "c’est le calme avant la tempête", estime pour Europe 1 David Camroux, maître de conférences à Sciences Po et spécialiste de la Thaïlande. "On est au bord d’un conflit social très dur", continue le chercheur, qui craint aujourd'hui un scénario similaire à celui de 2010.

Chemises rouges Thaïlande

© Reuters


Pour faire simple, depuis 2006, les Chemises rouges, les classes populaires partisanes du clan de la désormais ex-Première ministre Shinawatra, sont opposés aux Chemises jaunes, généralement des classes aisées royalistes, soutiens du Parti démocrate. Tour à tour, ils descendent dans la rue pour réclamer le retour ou la destitution des membres du clan Shinawtra.

Et aujourd’hui, les Chemises jaunes continuent d’occuper le centre de Bangkok, dans un calme tout relatif. Les manifestants ont salué la chute de la Première ministre à coups de sifflets, leur signe de ralliement. De leur côté, les Chemises rouges, voyant venir la destitution de Yingluck Shinawatra, ont commencé à montrer leurs muscles. Tout laisse à penser que des affrontements directs sont à venir. Avant la décision de la Cour constitutionnelle, les Chemises rouges avaient déjà promis de redescendre dans la rue en cas de "coup d’Etat judiciaire".

Sans Parlement élu, la démocratie en danger

Sans gouvernement démocratiquement élu, un pays peut s’en sortir tant qu’un Parlement soutient les institutions. Problème : la Thaïlande, dont le gouvernement vient de tomber, vit sans assemblée élue.

Les dernières élections législatives du mois de février ont été annulées, car les manifestations et un boycott ont perturbé le scrutin. Un nouveau vote devait avoir lieu en juillet, mais Yingluck Shinawatra a perdu son siège avant de signer le décret qui l’organise. Les Chemises jaunes ont promis de perturber tout nouveau scrutin. "Ce que souhaite réellement l’opposition", c’est une nouvelle réforme constitutionnelle", explique David Camroux, avant de souligner que la Thaïlande a eu, depuis 1932, 19 constitutions différentes.

"C’est comme si on disait aux Chemises rouges : ‘La démocratie est une bonne chose, allez voter’, mais tous les gouvernements qu’ils élisent sont renversés. Soit par un coup d’Etat comme en 2006, soit par des manœuvres judiciaires comme en 2008", met en perspective le chercheur de Sciences Po. Selon lui, les Chemises jaunes "suivent une idée liée au bouddhisme, qui consiste à penser que ceux qui doivent gouverner sont ceux qui en sont capable, et non pas forcément ceux qui sont élus", expliquait-il à L’Express.

Le roi, symbole de stabilité, en mauvaise forme

Roi thaïlande

© Reuters

Sur le trône depuis 1950, le roi Bhumibol a acquis un statut d’icône en Thaïlande. Théoriquement, le roi se tient hors de la logique de partis, d’après RFI. Au mieux s’exprime-t-il pour appeler au calme dans un pays qui n’a connu l’apaisement depuis près de dix ans. Les fêtes en son honneur sont synonymes de trêve entre Chemises rouges et Chemises jaunes.

Mais à 86 ans, le souverain se fait vieux. Visiblement affaibli, il est apparu pour la première fois en public, depuis au moins un an, lors de l’anniversaire de son couronnement le 5 mai. Sa mort pourrait donner l’impulsion finale de la plongée du pays dans le chaos. "Selon un adage thaïlandais, il n’y aura pas de 10e roi. Or, Bhumibol est le 9e", expliquait le chercheur, qui estime qu’il n’est "pas neutre" que la destitution de la Première ministre arrive dans ce contexte.

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