La Suisse a la gueule de bois après la votation

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La Suisse a la gueule de bois après la votation
Avec 50,3% de oui à la votation qui limite l'immigration, la majorité a été courte@ MAXPPP
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RÉVEIL DIFFICILE - "Giffle", division et inquiétude au menu des journaux suisses lundi.

RÉVEIL DOULOUREUX. Une "claque", pour la Tribune de Genève, une "gifle" pour le Temps. A la surprise générale, les Suisses se sont prononcés le week-end dernier pour une limitation de l'immigration dans leur pays. Au lendemain de ces résultats, la Suisse accuse le coup d'un référendum lancé par l'Union démocratique du centre, le parti conservateur qui flirte avec des thèmes de l'extrême-droite.

Dans le camp du oui, l'UDC faisait cavalier seul pour limiter l'immigration massive. Tous les autres partis politiques, mais aussi les syndicats de salariés et les patrons s'étaient faits les chantres de l'opposition à cette proposition. Lundi, dans les journaux suisses, c'est gueule de bois.

Mea culpa. L'heure est notamment au mea culpa dans les journaux suisses, qui admettent une erreur de jugement. "Un premier sondage ne donnait que 37% à l'initiative", rappelle Le Temps. De son côté, le Neue Zürcher Zeitung donne la parole au président de l'Union patronale suisse. Valentin Vogt concède n'avoir "pas assez pris au sérieux [...] cette peur de la population suisse", celle de l'étranger. "Une partie des élites du pays est coupée de la Suisse des campagnes", renchérit Le Temps.

La "barrière de röstis". Aujourd'hui, les éditorialistes s'inquiètent surtout d'une division de la société suisse. D'un côté, les centres urbains, surtout francophones, qui ont dit non à la votation. De l'autre, les périphéries rurales germanophones, favorables à la proposition de l'UDC. La Tribune de Genève résume le phénomène en affirmant que "la barrière de röstis" est "ravivée". L'expression symbolise le fossé entre Suisse romande et Suisse alémanique, d'où sont originaires les galettes de pomme de terre.

Le Luzerner Zeitung se souvient quant à lui du non à l'Espace économique européen, en 1992. Là aussi, le résultat du vote avait défié toutes les prédictions, suivant le même schéma géographique. Vingt ans plus tard, la Suisse se méfie une nouvelle fois de l'Europe.

Renouveau conservateur. Le oui à la votation de ce dimanche suscite à plus long terme la crainte d'un renouveau conservateur. "Et maintenant, s'il vous plaît, ne dites pas que les Suisses sont égoïstes, xénophobes ou même racistes", craint le conservateur Corriere del Ticino. Dans le Berner Zeitung, le géopolitologue Michael Hermann balaie cette inquiétude, indiquant que "les Suisses ne sont pas soudain devenus xénophobes. Le contexte a changé, pas la Suisse."

Et maintenant ? A l'instar des ministres français de l'Intérieur et des Affaires étrangères, les éditorialistes se demandent enfin comment l'Union européenne va gérer ce retournement de situation. "La Suisse prend des risques", titre le rédacteur en chef du Luzerner Zeitung, Thomas Bornhauser.

Reste à savoir comment le gouvernement confédéral va s'accommoder d'une votation qu'il n'a pas voulue mais ne peut ignorer. Pour le patron du Medef suisse, il faut "trouver une solution pour que l'économie ne perde ses forces de travail", tout en admettant que, dans ce contexte, lui-même n'aurait aucune envie de s'installer en Suisse.

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