"La société japonaise n’est pas plus violente qu’une autre"

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"La société japonaise n’est pas plus violente qu’une autre"
@ Toru Yamanaka/AFP
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3 QUESTIONS A - Après le meurtre sordide d’une septuagénaire par une jeune Japonaise, le chercheur Jean-François Sabouret analyse la violence dans la société japonaise, loin des clichés. 

Elle avait simplement "envie de tuer quelqu’un". Au Japon, une étudiante de 19 ans a reconnu avoir tué à la hache une femme de 77 ans, avant de l’étrangler, juste pour assouvir une "envie" de tuer qu’elle avait "depuis [son] enfance". Ce fait divers sordide n’est pas le premier du genre ces dernières années : en 2004, à Sasebo, au sud-est du Japon, une collégienne avait poignardé à mort une camarade de classe. En juillet, c’est une lycéenne de 15 ans qui avait tué et dépecé une camarade.

Ces meurtres ignobles seraient-ils symptomatiques d’une forme de violence chez les jeunes Japonais ? Pas si simple, répond Jean-François Sabouret, directeur de recherches au CNRS et spécialiste de l’Asie*. 

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La société japonaise est-elle violente ?

 "On met une loupe sur ce fait divers mais c’est plus rare au Japon qu’ailleurs. Au début des années 2000, le taux de meurtres commis par des mineurs était de 4,9% en Allemagne, 2,3% aux Etats-Unis, 2,2% en France et seulement 0,6% au Japon. La société japonaise n’est pas plus violente qu’une autre. En revanche, il existe peut-être une frustration chez les jeunes qui se destinent à faire de grandes universités et qui ratent l'entrée. Mais dans le cas présent, la jeune femme était de l’université de Nagoya, qui est l’université numéro cinq du Japon, sur les 820 que compte le pays. Il s’agit donc de quelqu’un de haut niveau."

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Comment expliquer que des jeunes filles passent à l’acte ? 

"Il existe des bandes de jeunes filles, comme il y a des bandes de garçons, plutôt violentes avec des chefs, des meneurs de bandes. Là, en l’occurrence, il s’agit de filles tout à fait ordinaires, qui avaient en elles ce désir de meurtre. Pour moi, on en revient à un meurtre emblématique et totémique : celui de Sagawa Issei en 1981, dans le 16ème arrondissement de Paris. Cet amoureux éconduit avait tué une jeune femme néerlandaise et l’avait mangée. Il a ensuite été libéré car ses parents étaient puissants et influents, et se vantait, en quelque sorte, d’avoir commis cet acte-là."

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Un peu comme la jeune fille de Nagoya, qui a twitté peu après son meurtre : "je l’ai réellement fait"... Le virtuel, la télévision peuvent-ils expliquer en partie le passage à l’acte ?

"Dans les feuilletons ou les films japonais, on voit des gens qui achètent des couteaux, alors que chez nous, ce sont plutôt des pistolets... Au Japon, l’arme blanche a peut-être le sabre pour ancêtre. On se fait justice avec une arme blanche [à Nagoya, la jeune meurtrière a utilisé une hache], on veut que le sang coule.Ce qui m’inquiète, c’est le passage du virtuel au réel. Mais cette déconnexion n’est pas particulière au Japon. Je reviens du Vietnam et là-bas aussi, les jeunes ont le nez vissé sur les écrans ! Il y a le monde des jeunes et le monde des autres, cela dépasse les frontières et ce n’est pas lié à une nationalité." 

*Jean-François Sabouret a notamment dirigé l’ouvrage La Dynamique du Japon, aux éditions Saint-Simon.