La sécheresse frappe le Kenya : "Tout est mort maintenant..."

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Ils sont trois millions à souffrir de la famine causée par le manque d'eau. Or le pays ne reçoit que très peu d'aide de la communauté internationale.

REPORTAGE

L'ONU tire à nouveau la sonnette d'alarme. La sécheresse en Afrique de l'Est risque de causer un nombre massif de morts. Quelque 20 millions de personnes ont besoin d'une aide alimentaire d'urgence. La Somalie, le Soudan du Sud, le Nigéria et le Yémen sont particulièrement concernés. Mais au Kenya aussi, la situation est catastrophique.

Là-bas, ils sont trois millions à souffrir de la famine causée par le manque d'eau. Or le pays ne reçoit que très peu d'aide de la communauté internationale. Le gouvernement kenyan a pourtant appelé à l'aide en février dernier, décrétant la sécheresse comme catastrophe naturelle. Si les régions du nord du Kenya sont les plus touchées, le reste du pays n'est pas épargné. Même près de la capitale Nairobi. Reportage Charlotte Simonart.

Pour atteindre le village de Kyo, dans le comté de Makueni, il faut rouler trois heures au sud de Nairobi et grimper près d’une heure dans la montagne. C’est perché sur une crête que ce petit village de 200 habitants fait face depuis trois ans au manque d’eau.

"Tout est mort maintenant. Je dépends seulement de ces bananes". James est un fermier de 40 ans. Il cultive essentiellement du maïs pour nourrir sa famille. Mais cette année encore, la récole sera maigre. "Regardez, ici j’ai planté du maïs et des haricots mais il n’y a pas assez d’eau. Je vois bien que tout est sec à cause du manque d’eau. Avant, ce n’était pas comme ça." Le long de son champ, des bananiers font grise mine (photo ci-dessous) : "là, ce sont mes bananiers qui sont secs. Tout est mort maintenant. Je dépends seulement de ces bananes. J’ai peur parce qu’il n’y a pas assez de nourriture."

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A ses côtés, Kilunja, 60 ans, l’une des figures du village. Il a toujours vécu ici. "Toute notre vie dépend de la pluie. Les animaux et les habitants. Ça fait trois ans que nous avons des problèmes avec l’eau. Avant, la saison des pluies était suffisante pour notre quotidien. C’est certain, le climat change", raconte-t-il.

Le Kenya est l’un des pays les plus touchés par la sécheresse en Afrique. Et pourtant peu de moyen lui sont alloués. Valérie Ceylon est directrice de l’ONG Acted pour le Kenya et la Somalie : "il y a beaucoup de médiatisation de la crise dans la Corne de l’Afrique. Le Kenya, on en parle un petit peu moins parce que le Kenya est classé par la Banque mondiale comme ‘un pays à revenu intermédiaire’. Et donc on est parti de l’idée que le Kenya pouvait faire face à la crise. Il y a très peu de financement à l’heure actuelle sur le Kenya. Mais le Kenya a cumulé quand même dans les trois dernières saisons des pluies un déficit pluviométrique. Et donc le Kenya se retrouve dans une situation assez dramatique."

"Ecoutez le son… Vide, complètement vide !" Retour à Kyo à l’école du village. Les enfants sont joyeux. Ils ne voient pas souvent des visiteurs par ici. Au cœur de la cour de récréation, un grand réservoir noir en plastique. Il peut contenir jusqu’à 10.000 litre d’eau. Il est censé abreuver les petits écoliers. Kilunja :" Il n’y a pas d’eau… il n’y a pas d’eau… Ecoutez le son… Vide, complètement vide !"

Le manque d’eau affecte les enfants de Kyo. Kiniyli est le directeur de l’école : "Les gens veulent que les enfants aillent à l’école. Mais nous nous retrouvons avec des enfants qui n’ont pas mangé. Ils sont faibles, ils ne peuvent pas se concentrer. Ils nous disent souvent qu’ils n’ont pas mangé la veille. Année après année, c’est la même chose."

"Elle est trop sale pour la boire mais que pouvons-nous faire ?" Kilunja nous emmène vers la réserve d’eau du village. Un trou de trois mètres cube creusé dans la roche par son propre père, il y a 50 ans. Depuis toujours, il a permis d’abreuver les villageois et leur bétail. Aujourd’hui, seule une flaque de boue gît au fond du trou (photo ci-dessous). "Ici, c’est le point d’eau pour boire, nous et nos animaux. Notre quotidien dépend de ce trou. Bien sûr, elle est trop sale pour la boire mais que pouvons-nous faire ? Parfois, on devient malade à cause de cela."

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Même ici, non loin de la capitale, les familles sont désespérées. La tension monte. Dans plusieurs régions du pays, des violences éclatent. La guerre de l’eau est déclarée. "Il y a deux types de violences qui résultent de cette crise. Il y a les raids sur du bétail. Donc des communautés surtout entre différents clans qui se volent du bétail et il y a aussi des conflits entre diverses communautés pour l’accès au pâturage. Puisqu’en période de sécheresse forcément les pâturages sont raréfiés et donc il y a un conflit sur la gestion des ressources naturelles", explique Valérie Ceylon, de l’ONG Acted.

Depuis quelques jours, l’espoir est de retour chez les Kenyans : la saison des pluies a enfin commencé. Juste le temps d’un répit…

>> Charlotte Simonart, vous êtes notre correspondante au Kenya. Depuis votre reportage, comment la situation a-t-elle évolué ? Est-ce toujours préoccupant ?


Charlotte Simonart évoque la situation...par Europe1fr