La Cédéao menace d'intervenir au Mali
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Les chefs d'Etat africains ont annoncé lundi un "embargo total" à l'encontre de la junte.

La Cédéao hausse le ton. Plus d'une semaine après le renversement du président malien Amadou Toumani Touré par un coup d'Etat militaire, les chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) réunis à lundi à Dakar menacent désormais d'intervenir militairement. Alors que les putschistes s'accrochent au pouvoir, tout en promettant des élections à une date ultérieure, les rebelles touaregs continuent à grignoter du terrain dans le nord. Europe1.fr fait le point sur la situation.

Quel est le rôle de la Cédéao ? Une quinzaine de chefs d'Etat ouest-africains réunis lundi à Dakar ont décidé "de la mise en place immédiate" de sa force militaire "d'attente". "Nous avons décidé de la mise en place immédiate de la force d'attente de la Cédéao, en demandant au comité des chefs d'état-major de se réunir dès cette semaine à Abidjan pour voir les modalités d'activation de cette force", a déclaré à l'issue du sommet le chef de l'Etat ivoirien Alassane Ouattara, président en exercice de l'organisation. L'organisation a également décidé d'un "embargo total" contre la junte au pouvoir à Bamako à l'expiration d'un ultimatum.

Le sommet de Dakar est intervenu quatre jours après celui du 29 mars à Abidjan qui avait donné aux "tombeurs" du président Amadou Toumani Touré (ATT), jusqu'à lundi pour un retour à l'ordre constitutionnel.

Que fait la junte ? Malgré l'ultimatum de la Cédéao, les mutins continuent de s'accrocher au pouvoir. La junte avait jusqu'à dimanche soir pour céder le pouvoir sous peine de sanctions politiques et économiques. En vain. Les mutins ont promis dimanche le retour à un pouvoir civil et une transition vers des élections à une date non précisée. Elle a aussi pris "l'engagement solennel" de rétablir immédiatement la Constitution de février 1992, ainsi que les institutions républicaines dissoutes lors du putsch.

Où en sont les rebelles touaregs ? Les capitales régionales du nord tombent les unes après les autres. Le Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) a annoncé dimanche avoir pris le contrôle de Tombouctou et de sa région entière, dernière ville du nord-est du Mali encore sous contrôle gouvernemental. Le leader du groupe islamiste armé touareg Ansar Dine (défenseur de l'Islam), Iyad Ag Ghaly, a pris lundi le contrôle de la ville de cette ville du nord-ouest et chassé le MNLA.  Figure des rébellions touareg des années 1990, il se bat aujourd'hui pour l'application de la charia au Mali par "la lutte armée".

Dans la nuit de samedi à dimanche, Gao est tombée aux mains des rebelles touaregs et des groupes armés islamistes. Située à un millier de kilomètres au nord-est de Bamako, cette cité d'environ 90.000 habitants, abritait l'état-major des forces gouvernementales pour toute la région Nord.

"Les gens ont faim. Ils ont saccagé, pillé les magasins de la Croix rouge", raconte un instituteur de Gao joint au téléphone par Europe 1 lundi." Ils n’ont pas de quoi se nourrir. Il n’y a pas de transport avec les autres villes. J’ai passé toute la matinée à chercher un véhicule pour rallier mon village mais je n’ai pas pu. Il y a des coups de feu et des gens ont été blessés par des balles perdues. Ils ont saccagé les hôpitaux. Il n’y a pas de pouvoir. Nous avons vraiment peur", a-t-il conclu.

La chute de Gao est intervenue 24 heures après la prise de Kidal, à environ 300 km plus au nord-est.

Quelle est la position de la France ? Le Conseil de sécurité de l'ONU se réunira mardi à New York à la demande de Paris. Une déclaration sur la situation au Mali pourrait être adoptée dans la foulée. 

En déplacement à Dakar pour l'investiture du nouveau président sénégalais Macky Sall, le chef de la diplomatie française Alain Juppé a réaffirmé lundi matin son soutien à la Cédéao. "Nous pouvons aider sur le plan logistique ou de la formation, mais il n'est pas question de mettre des soldats français sur le sol du Mali", a-t-il assuré. Le Quai d'Orsay appelle également les ressortissants français "dont la présence n'est pas indispensable, de quitter provisoirement" le Mali, indique le ministère des Affaires étrangères sur son site internet.