L'Europe rogne sur l'aide alimentaire

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L'Europe rogne sur l'aide alimentaire
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Six Etats ont refusé de voter le maintien du Programme européen d'aide aux démunis.

L’Union européenne participe au financement des banques alimentaires et autres soupes populaires des pays membres. Mais en ces temps de rigueur budgétaire, six Etats ont refusé de reconduire le dispositif tel qu’il existe. Une catastrophe que redoutaient depuis longtemps les associations concernées, comme les Restos du Coeur.

Lors d'une réunion des ministres de l'Agriculture, l'Allemagne, la Suède, le Royaume-Uni, le Danemark, la République tchèque et les Pays-Bas ont maintenu jeudi leur opposition à ce que l’enveloppe prévue, tirée du budget agricole, soit utilisée à des fins de politique sociale.

Un système créé en période de surplus agricoles

Actuellement, le Programme européen d'aide aux démunis (PEAD) finance des centaines d'organisations caritatives à hauteur de 480 millions d'euros. L’UE estime que ce programme bénéficie à environ 18 millions de personnes.

A sa création, l’aide était puisée dans les excédents de la politique agricole commune. Mais il n’y a aujourd’hui plus de surplus à redistribuer, ce qui conduit l’UE à financer directement des achats de nourriture, en espèces sonnantes et trébuchantes, ce que refusent plusieurs pays.

Les opposants préfèrent une gestion "à l'échelle nationale"

Pour l’Allemagne ou les Pays-Bas, l’aide sociale relève des compétences nationales. "C'est un problème national qui doit être résolu à l'échelle nationale", a justifié le ministre suédois Eskil Erlandsson.

"Sur le principe, l'aide aux personnes dans le besoin est bien sûr importante, mais c'est le devoir des Etats. Nous la finançons en Allemagne entièrement avec notre budget national et nous pensons avoir raison", a détaillé la ministre allemande Ilse Aigner.

Bronca européenne contre "cette preuve d'égoïsme"

"Si on est solidaires avec les banques, il faut être solidaires avec les plus démunis", a répliqué le ministre polonais Marek Sawicki. "Les égoïsmes nationaux de six Etats l'ont emporté sur l'esprit de solidarité", a renchéri le Français Bruno Le Maire.

"C'est une preuve d'égoïsme, dans une Union européenne où on a besoin de solidarité", a déploré le commissaire européen à l'Agriculture, Dacian Ciolos, en estimant qu'on ne pouvait "pas laisser tomber" ce programme "du jour au lendemain".

Arrêt imminent de l’aide en cas de désaccord

Si les négociations en restent là, le programme serait assuré de ne disposer que d’un peu moins de 100 millions en 2012. Pire, si rien ne se passe, "en 2013, ce programme risque même d'arrêter d'exister", a prévenu le commissaire européen à l'Agriculture.

En cas de refus persistant, le sujet pourrait remonter jusqu’aux chefs d’Etat, qui se retrouvent dimanche à Bruxelles pour discuter du plan de sauvetage de l’euro.