L'Etat islamique est à Kobané, aux portes de la Turquie

  • A
  • A
L'Etat islamique est à Kobané, aux portes de la Turquie
@ Reuters
Partagez sur :

A Kobané, à quelques kilomètres de la frontière turque, les combats font rage entre les milices kurdes et l'Etat islamique. Les combats peuvent-ils se propager en Turquie ?

Depuis plusieurs jours, les soldats de l'armée turque massés à la frontière avec la Syrie observent la bannière de l'Etat islamique flotter au vent sur Kobané, où les forces kurdes affrontent les djihadistes. Une image qui résume bien la situation étrange qui se déroule actuellement dans la région. Car si Ankara a décidé  le 2 octobre dernier d'intervenir contre l'Etat islamique en Syrie et en Irak, l'armée n'a toujours pas pris les armes pour soutenir les Kurdes de Kobané. Qui sont pourtant le dernier rempart entre les forces de l'EI et la Turquie.

Comment les combattants de l'EI sont-ils arrivés jusqu'aux portes de la Turquie ?

En deux mois, l'Etat islamique a réalisé une avancée fulgurante. En Irak, ses guerriers se sont emparés de Mossoul, la deuxième plus grande ville du pays, et de la région du nord-ouest. En Syrie, ils règnent sur le nord-est du pays. La capitale du califat auto-proclamé Raqqa, est d'ailleurs située dans cette localité. Les seules poches de résistance qui font désormais tampon entre l'EI et la Turquie, ce sont les territoires kurdes, dont Kobané fait partie. Les combattants de l'Etat islamique tiennent une bande de terre de 100 kilomètres qui longe la frontière. Un danger constant pour la Turquie, qui fait partie de la "sphère d'influence" du califat auto-proclamé selon ses leaders.

>> LIRE AUSSI : Pourquoi il est compliqué de vaincre l'Etat islamique

>> La carte de la frontière turco-syrienne, les points jaunes figurent les positions kurdes, les points noirs celles de l'EI. Kobane est représentée par le petit point jaune perdu au milieu du territoire djihadiste.

>> La carte des combats à Kobane mardi 6 octobre (en anglais)

Quelle est la réaction de la Turquie ?

L'avancée de l'Etat islamique à quelques kilomètres de la frontière turque a bien évidemment réveillé l'armée turque. Les troupes sont massées à portée de canon de Kobané, sans pour autant intervenir dans la bataille qui se joue actuellement dans les rues de la cité kurde. En revanche, l'aviation turque a entamé ses raids et bombarde les positions de l'Etat islamique aux côtés des bombardiers de la coalition. Au sol, les troupes d'Ankara surveillent étroitement les points de passage stratégiques de la frontière avec la Syrie. Le gouvernement, qui veut éviter au maximum toute implication de ses troupes sur le terrain, risque de devoir pourtant lancer son armée. Le président turc Erdogan l'a bien compris. Mardi, alors que Kobané est sur le point de tomber aux mains des djihadistes, il s'est exprimé devant des réfugiés syriens, à Gaziantep, la grande ville la plus proche de la frontière : "Larguer des bombes depuis les airs ne mettra pas un terme à la terreur. La terreur ne sera pas stoppée par des frappes aériennes et tant que nous ne coopérerons pas en vue d'une opération terrestre avec ceux qui mènent le combat sur le terrain".

>> LIRE AUSSI : La Turquie prend les armes contre l'Etat islamique 

armée

© Reuters

Pourquoi cette attitude ambivalente ?

La Turquie ne veut pas que les Kurdes et Bachar Al-Assad sortent renforcés de cette guerre contre l'Etat islamique. En effet, en bombardant les positions des djihadistes, la coalition contribue à asseoir la domination du régime de Damas sur la Syrie, jusqu'ici déstabilisé par la progression des combattants de Daech. La question kurde est aussi l'une des raisons pour lesquelles le gouvernement d'Erdogan refuse pour l'instant d'impliquer directement ses soldats dans la guerre. Les Kurdes irakiens et syriens font partie des milices qui combattent les djihadistes au sol, ce qui fait d'eux le bras armé de la coalition sur le terrain. Si la guerre contre l'Etat islamique venait à être remportée, les Kurdes irakiens et syriens, qui bénéficient déjà d'une large autonomie, pourraient légitimement demander leur indépendance.

>> LIRE AUSSI : Les Etats-Unis peuvent-ils se passer d'une intervention au sol ?

Et c'est bien là où le bât blesse pour la Turquie, qui craint le réveil de l'indépendantisme des Kurdes turcs menés par le PKK. De quoi menacer le fragile processus de paix enclenché après trente ans de conflits. Le leader séparatiste du PKK, Abdullah Ocalan, a bien compris l'intérêt qu'il pouvait trouver dans la situation. C'est pourquoi il n'a pas hésité à menacer de rompre les négociations de paix si la Turquie n'agissait pas pour défendre Kobané : "Si cette tentative de massacre parvient à ses fins, cela signera l'arrêt du processus" avait-il déclaré le jour de l'entrée de la Turquie dans la coalition contre l'EI.

EI

© Reuters

La Turquie doit composer un numéro d'équilibriste périlleux. Erdogan est pris entre deux feux : il lui faut donner des gages de son engagement contre l'Etat islamique auprès des Etats-Unis, son allié traditionnel, sans faire le jeu des minorités Kurdes de la région. Mais il doit aussi et surtout endiguer une possible incursion des troupes de l'Etat islamique en Turquie.