L'Espagne s’inflige une diète historique

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L'Espagne s’inflige une diète historique
@ REUTERS
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Le gouvernement Rajoy a dévoilé un budget d'une rigueur sans précédent et promet d'être "fiable".

Confrontée à la crise de la dette et à une flambée du chômage, l’Espagne est dans le dur. Quelques heures seulement après une grève générale accompagnée de manifestations monstres, le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy a dévoilé vendredi le budget le plus rigoureux de son histoire.

Objectif : récupérer 27,3 milliards d'euros et montrer à l'Europe que le pays remonte la pente avec un budget "fiable en 2012" pour ne pas être victime d’amalgame avec la Grèce.

"L'Espagne tient sa parole" et agit

"Nous sommes face à une situation limite", a reconnu vendredi la porte-parole du gouvernement Soraya Saenz de Santamaria, mais "l'Espagne tient sa parole et va remplir" son objectif de déficit.

"Notre première obligation est de revenir à des comptes publics assainis", a-t-elle insisté, tout en essayant de "soutenir ceux qui en ont le plus besoin et ne pas paralyser la croissance et la création d'emplois", dans un pays de nouveau en récession et au taux de chômage record (22,85%). Pour y arriver, le gouvernement a dévoilé son budget pour l’année 2012, qui s’annonce difficile.

"Plus grand effort" budgétaire "de notre histoire"

A l'issue du Conseil des ministres, le ministre du Budget Cristobal Montoro ne l’a pas caché, il s’agit du "plus grand effort d'assainissement budgétaire de notre histoire démocratique". Au total, l'Espagne veut récupérer 27,3 milliards d'euros, entre coupes budgétaires et hausses d'impôts.

Les budgets des ministères seront réduits de 16,9% en moyenne, ce qui permettra, avec d'autres mesures, d'économiser 17,8 milliards, le plus touché étant celui de l'Equipement qui sera amputé de plus de trois milliards. A la hausse de l'impôt sur le revenu, annoncée fin décembre, s'ajoute notamment celle de l'impôt sur les sociétés ou des taxes sur le tabac.

Le reste de l'effort devra surtout venir des régions et des villes, à la santé financière fragile depuis l'éclatement de la bulle immobilière en 2008.

Une question de confiance

Si le gouvernement espagnol a mis la barre si haut, c’est qu’il ne veut pas entrer dans un cercle vicieux comme l’a vécu la Grèce : déjà confronté à des déficits abyssaux, les Grecs n’ont pas tenus leurs engagements et perdu la confiance tant de leurs partenaires européens que des investisseurs.

"L'Espagne sera fiable en 2012", a donc promis le gouvernement, alors que le pays a explosé en 2011 son objectif de déficit, à 8,51% du PIB contre 6% prévu. C’est une manière de répondre aux inquiétudes des Européens, à l’image de l’Italien Mario Monti, qui a estimé que Madrid "donne beaucoup d'inquiétudes à l'Europe" tandis que le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a estimé que "l'Espagne a du mal à tenir ses objectifs".

Le gouvernement doit néanmoins ne pas s’aliéner la rue et a donc décidé de "maintenir la revalorisation des pensions de retraite, de geler le salaire des fonctionnaires au lieu de le baisser, de maintenir les prestations chômage et la dépense sociale, notamment les bourses". De même, "nous n'allons pas augmenter la TVA pour ne pas nuire à la consommation et à la reprise économique", a précisé le porte-parole du gouvernement.