Irak : le barrage de Mossoul menace de céder

  • A
  • A
Irak : le barrage de Mossoul menace de céder
@ AFP/YOUNIS AL BAYATI
0 partage

500.000 personnes pourraient être touchées par les eaux du Tigre, si le barrage venait à rompre.

Si rien n’est fait, le barrage cédera. C’est ce que s’accordent à dire les experts, préoccupés par la précarité de la structure du barrage de Mossoul, en Irak. Depuis plusieurs semaines,  l'inquiétude ne cesse de grandir autour de cet immense barrage sur le Tigre, situé à une quarantaine de kilomètres de la deuxième ville d'Irak et capitale de facto de l'organisation Etat islamique dans le pays.

Une rupture du barrage "serait mille fois pire" que l’ouragan Katrina

Mossoul submergée par une vague géante. Un conseiller auprès du bureau du Premier ministre irakien Haider al-Abadi a évoqué un scénario catastrophe qui verrait Mossoul submergée par une vague géante si le barrage venait à rompre. Lorsqu'ils en parlent, les experts américains "évoquent fréquemment Katrina", l'ouragan qui a dévasté la Nouvelle-Orléans en 2005, et prédisent qu'une rupture du barrage "serait mille fois pire", a déclaré ce conseiller à des journalistes.

"S'il rompt, le centre de Mossoul sera englouti par une vague de 12 à 15 mètres", selon lui. "Il disparaîtra simplement et 500.000 personnes seront tuées en quelques heures". L'impact se ferait sentir en aval du Tigre, notamment à Bagdad, qui pourrait être atteinte par une vague de plusieurs mètres de haut. Cet avertissement est lancé alors que les autorités accélèrent les préparatifs pour lancer une offensive de reconquête de Mossoul, contrôlée par l'EI depuis juin 2014.

L'armée a commencé à déployer des milliers d'hommes sur une base du nord, près de la ville de Makhmur, "afin de lancer les premières opérations en direction de Mossoul", a déclaré lundi à l'AFP un général de brigade sous couvert d'anonymat. Mais pour le conseiller du Premier ministre, ces préparatifs doivent soigneusement prendre en compte les risques que représente le barrage, qui culmine à 113 mètres de hauteur.

"Un scénario catastrophe serait que Daech puisse viser le barrage en se retirant de Mossoul"

Selon lui, la coalition menée par les Etats-Unis, qui appuie l'armée par des frappes aériennes, est préoccupée par l'impact qu'une intense campagne de bombardements sur Mossoul et ses environs pourrait avoir sur le barrage.  Par ailleurs, "si l'offensive sur Mossoul se déroule bien, un scénario catastrophe serait que Daech (acronyme arabe de l'EI) puisse viser le barrage en se retirant de Mossoul", a-t-il ajouté.

Aucune date n'a encore été avancée pour cette opération et la reprise de Mossoul n'est pas envisagée avant la fin 2016, voire début 2017, par des généraux irakiens, a récemment indiqué le commandant des forces américaines dans la région, le général Sean MacFarland.

La priorité des autorités est de solidifier la structure du barrage, dont l'état a empiré depuis l'offensive menée en 2014 par l'EI qui a mis un terme aux opérations de maintenance. Des ingénieurs américains ont averti, dans un rapport rendu public début février, que "tous les éléments récoltés au cours des douze derniers mois indiquent que les risques de rupture du barrage de Mossoul sont bien plus importants que ce qui avait été imaginé". Le ministère irakien de l'Eau juge toutefois cet état des lieux trop alarmiste et accuse les Américains de donner des idées aux djihadistes.

Opérationnel depuis 1984, le barrage a été construit sur un sol de gypse et de calcaire qui s'érode au contact de l'eau, ce qui a pour effet de creuser des cavités dans ses soubassements. Le coût des travaux, prévus pour durer plus de deux ans, a été évalué à 284,5 millions d'euros, partiellement financés par la Banque Mondiale.