Irak : "C’est la première fois que l’EI est autant poussé dans ses retranchements"

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Irak : "C’est la première fois que l’EI est autant poussé dans ses retranchements"
Les troupes irakiennes sont sur le point de prendre la ville de Fallouja aux mains des combattants de l’Etat islamique (EI).@ MOADH AL-DULAIMI / AFP
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Les forces irakiennes sont entrées lundi dans Fallouja. Pour Mathieu Guidère, spécialiste du monde arabe, l’Etat islamique a peu de chances de se relever des offensives multiples lancées contre lui.

Après avoir perdu Hit, l'EI pourrait bien perdre l'un de ses fiefs. Les troupes irakiennes sont sur le point de prendre la ville de Fallouja aux mains des combattants de l’Etat islamique (EI). Une offensive difficile qui a débuté il y a une semaine. Cette ville, située à seulement 50 kilomètres de la capitale Bagdad, est un des bastions des djihadistes.

>> Mathieu Guidère, professeur d’université et spécialiste du monde arabe, explique pourquoi la reprise de cette ville est essentielle dans la guerre contre Daech.

En quoi est-il important pour les Irakiens et les Américains de reprendre la ville de Fallouja aux islamistes ?

L’importance de reprendre Fallouja est double. Elle est d’abord symbolique, car Fallouja est, depuis les années 2000, une ville symbole de la résistance irakienne et islamiste. C’est la ville que les Américains ont mis six mois à reconquérir au moment de l’insurrection irakienne. C’est vraiment une ville importante dans l’imaginaire irakien.

Deuxièmement, Fallouja est une ville importante de par sa situation géographique. C’est la ville la plus proche de Bagdad. Le fait que la ville soit contrôlée par les djihadistes est une menace permanente pour Bagdad. Reprendre Fallouja permettrait donc aux forces irakiennes de sécuriser un peu mieux la capitale irakienne et de frapper un grand coup au moral des djihadistes.

De leur côté, les peshmergas kurdes ont lancé une offensive pour reprendre le contrôle de secteurs  autour de Mossoul. Y a-t-il une accélération de la guerre contre Daech ?

Les Occidentaux et les Irakiens ont, en fait, changé de stratégie. Jusqu’à présent, les forces gouvernementales concentraient leurs forces sur une zone, tandis que l’EI ouvrait plusieurs fronts de son côté, pour disperser les forces de la coalition. Les Irakiens et les Américains se sont donc adaptés à la méthode de l’EI et ont ouvert pluseiurs fronts dont trois importants : à Raqqa, Mossoul et Fallouja. On dispose donc aujourd’hui d’une vraie stratégie pour éparpiller les forces de l’EI.

Est-ce que cette stratégie est payante ? L’Etat islamique est-il affaibli ?
 
 Oui, elle est payante. L’EI a déjà perdu un certain nombre de territoires. Daech se bat seul contre plusieurs armées et c’est une stratégie qui va lui coûter très cher. Soit les djihadistes décident de se battre sur un point précis, soit ils se battent partout mais seront battus. Ils ne pourront pas tenir sur tous les fronts. C’est la première fois que l’EI est autant poussé dans ses retranchements. C’est peu probable que l’organisation terroriste puisse répondre à autant d’attaques coordonnées, avec des frappes au sol, des frappes aériennes et un appui aérien.