Immigration : bras de fer entre France et Italie

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Immigration : bras de fer entre France et Italie
Des centaines de migrants tunisiens affluent sur l'île italienne de Lampedusa.@ REUTERS
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L'Italie va leur fournir un permis temporaire de séjour, leur permettant de venir dans l'Hexagone.

Il s‘agit d’un simple bout de papier. En réalité, ce document va permettre aux clandestins de franchir la frontière entre l’Italie et la France en toute légalité. Les autorités italiennes ont en effet décidé de donner aux migrants tunisiens, débarqués sur son territoire depuis mi-janvier, des visas temporaires humanitaires, de trois mois reconductible. Un accord a été conclu entre l'Italie et Tunis mardi.

Le but est de "fermer le robinet", a déclaré le ministre italien de l'Intérieur Roberto Maroni. Les migrants pourront ainsi voyager dans tous les pays de la zone européenne Schengen, a-t-il confirmé jeudi.

"On n’a pas le choix"

L'Italie se plaint du manque de soutien de ses partenaires européens et de l'UE face à l'arrivée d'un nombre important d'immigrants clandestins venus de Tunisie principalement. La petite île italienne de Lampedusa, située face aux côtes tunisiennes, est en première ligne : elle a été submergée par une vague d'immigrés depuis le début de l'année, qui a atteint plus de 22.000 personnes

Le décret accordant des permis de séjour devrait s'appliquer seulement aux migrants déjà présents en Italie. Le texte doit encore être approuvé en conseil des ministres.

A Vintimille, près de la frontière avec la France, le problème commence à devenir très compliqué. Sofiane et ses amis attendaient cette décision depuis des semaines : "nous, on va être un bon élément de la société", promet-il. "En attendant, il y a encore des gens qui vont arriver de la Tunisie, de la Libye. On n’a pas le choix en fait".

Guéant donne des directives

Mais ce permis temporaire inquiète davantage côté français. Une fois la frontière passée, que vont faire les clandestins devenus réfugiés ? Et qui va s’en occuper ? Le ministre de l’Intérieur Claude Guéant a donné des instructions aux préfets pour limiter l’impact de leur arrivée en France, rapporte Le Figaro.

Pour que ces ressortissants soient considérés comme étant en situation régulière, ils devront ainsi remplir cinq conditions, selon la circulaire que le quotidien s’est procuré : "être muni d'un document de voyage en cours de validité reconnu par la France" et "d'un document de séjour en cours de validité", "justifier de ressources suffisantes", soit 62 euros par jour et par personne, "ne pas constituer (…) une menace pour l'ordre public", "ne pas être entrés en France depuis plus de trois mois".

Une procédure exceptionnelle de l’UE ?

Au-delà de la France et de l’Italie, la question d’un afflux massif de migrants pourrait se poser dans toute l’Europe, après les révoltes qui ont touché les pays arabes ces derniers mois. A tel point que la Commission européenne s'est dit prête lundi à demander le déclenchement d'une procédure exceptionnelle autorisant leur accueil temporaire.

Selon la commissaire chargée des questions d'immigration, Cecilia Malmström, l'idée serait d'"offrir une protection à ces personnes dans les Etats membres" de l'Union européenne et faire jouer "la solidarité" entre pays.