Ils vont faire le djihad en Syrie
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Ces jeunes viennent des quatre coins du monde et veulent aider la rébellion à vaincre Assad.

L'INFO. Certains experts de la lutte anti-terroriste s'inquiètent de ce phénomène et de ses répercussions. Depuis quelques mois, plusieurs pays ont vu partir (ou revenir) des jeunes qui vont se battre contre le régime de Bachar al-Assad en Syrie. Le mouvement est difficilement quantifiable : entre 2.000 et 5.000 étrangers seraient partis faire le djihad, dont plusieurs centaines d'Européens, selon les chiffres d'un think tank américain. Ils viennent pour la plupart des Balkans, de Grande-Bretagne, de France, d'Allemagne ou d'Espagne, selon Gilles de Kerchove, coordinateur de l'Union européenne pour la lutte contre le terrorisme, cité par le journal Le Monde.

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Des Français, des Belges, des Britanniques. Les Français en Syrie seraient "plusieurs dizaines", a assuré Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur. Selon des chiffres obtenus par Le Figaro, entre 50 et 80 personnes ont quitté l'Hexagone depuis un an. Ce mouvement vers la Syrie touche toute l'Europe. Un récent rapport du ministère de l'Intérieur britannique, relayé par The Times, évalue entre 70 et 100, le nombre de Britanniques partis combattre dans les rangs du Front Al-Nosra, l'un des groupes les plus radicaux.

Selon les dernières estimations, environ 70 à 80 Belges auraient également rejoint la Syrie. Deux d'entre eux seraient morts a annoncé vendredi Denis Ducarme, député libéral belge, mais l'information n'a pas été confirmée officiellement. Le recrutement aurait commencé à Anvers dans la région flamande il y a un an, puis se serait étendu il y a six mois à Bruxelles. Signe de l'inquiétude des pays européens, Joëlle Milquet, la ministre de l'Intérieur, a indiqué que la Belgique travaillait avec plusieurs pays, dont la Turquie et la France, pour identifier les groupes que rejoignent les ressortissants belges. Enfin, aux Pays-Bas, les autorités estiment que trois de leurs ressortissants auraient été tués dans les combats mais aucune estimation fiable quant à leur nombre n'est disponible.

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Qui sont-ils ? Si certains de ces nouveaux djihadistes viennent d'Europe, la plupart sont originaires du Proche et Moyen-Orient mais aussi du Maghreb. "La majorité vient d'Irak où les sunnites ont été écartés du pouvoir. Pour eux, avoir la chance de liquider le pouvoir d'Assad, c'est déterminer l'affaiblissement du régime irakien", assure Gérard Chaliand, spécialiste des conflits armés, joint par Europe1.fr.

Plusieurs facteurs ont poussé ces jeunes, qui pour la plupart "n'ont jamais participé à un combat armé", à partir se battre en Syrie. Parmi eux, "l'influence du prêche", selon Gérard Chaliand. "En Grande-Bretagne, il a été pendant très longtemps beaucoup plus libre, plus qu'en France. L'idéologie joue son rôle", précise-t-il. Aujourd'hui la rébellion est soutenue par la quasi-totalité de l'Occident, ce qui peut également susciter l'intérêt de certains jeunes. "Ils ont le sentiment qu'ils participent d'un combat mobilisateur, excitant, épique, pour des jeunes gens en bonne santé, désœuvrés et motivés", analyse encore ce spécialiste des conflits armés.

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Mais il n'y a rien de totalement nouveau. Ce départ de jeunes djihadistes dans une zone de guérilla est un phénomène courant depuis la guerre d'Afghanistan dans les années 80, celle entre l'URSS et les Moudjahidines ("les guerriers saints"). "Il y a une foule d'individus qui sont y sont allés, d'Egypte, du Maghreb, du Moyen-Orient arabe, de Turquie, des Tchétchènes", rappelle Gérard Chaliand.

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Existe-t-il des filières ? Si certains partent aujourd'hui par leurs propres moyens en Syrie, d'autres sont "épaulés" par des filières "à partir de la Jordanie, de l'Irak". Mais "la Turquie est le passage le plus facile et géographiquement le plus logique. Il y a beaucoup de personnes à la frontière turque qui sont dans le coup et qui peuvent vous arranger un passage moyennant finances ou pas", décrypte Gérard Chaliand. L'opération est simple. "Il suffit de prendre le bus pour aller en Turquie. C'est très bon marché. On peut avoir un autobus qui vous dirige jusqu'à Istanbul puis un autre autobus jusqu'à la zone kurde. Près de la frontière, c'est truffé d'agents recruteurs et de gens des services secrets. Et vous pouvez passer sans grande difficulté", conclut Gérard Chaliand.