Hollande en Chine : "une page blanche"

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Hollande en Chine : "une page blanche"
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L'AVIS DE - Le président français souffre d'un déficit de notoriété qu'il devra combler lors de sa visite en Chine.

L'INFO. C'est l'un des grands déplacements à l'étranger du quinquennat de François Hollande. Le président français s'envole jeudi pour une visite d'Etat de deux jours en Chine. Si du côté du peuple chinois qui connaît très peu François Hollande, on n'attend pas grand-chose de cette visite, du côté des dirigeants chinois elle est d'une haute importance.

>>> Alice Ekman, chercheur spécialiste de la Chine à l'Institut français des relations internationales (Ifri), décrypte ses relations encore naissantes entre François Hollande et "l'Empire du milieu" qui a opté pour le pragmatisme. 

EUROPE 1.FR : Qu'est-ce que les Chinois pensent de Hollande ?

Alice Ekman : Avant cette visite, les médias en parlent peu parce qu'il y a une actualité plus brûlante et plus dramatique avec les tremblements de terre dans le Sichuan. Il y a donc peu de commentaires pour l'instant. La presse officielle, elle, insiste sur le caractère important de cette visite et souligne que Hollande est le premier 'dirigeant d'un grand pays occidental' à être accueilli par Xi Jinping.

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Son élection n'a d'ailleurs pas eu beaucoup d'écho auprès du grand public en Chine. La France est un pays assez important aux yeux des dirigeants chinois mais l'actualité politique hexagonale ne passionne évidemment pas l'ensemble de la population chinoise... Hollande est d'ailleurs encore peu connu. Il souffre toujours d'un déficit de notoriété depuis qu'il a été élu. La visite modèlera en grande partie son image auprès du grand public chinois.

E1.FR : Y'a-t-il eu de la déception lors de son élection de la part des dirigeants chinois ?

xi jinping

© Reuters

Alice Ekman : Il y a eu des hauts et des bas pendant le mandat de Nicolas Sarkozy. La relation avait bien commencé et ensuite, il y a eu de réelles tensions en 2008, suite à la rencontre avec le dalaï-lama et au chahut autour de la flamme olympique de passage à Paris. Finalement, la confiance a été rétablie à la fin du quinquennat Sarkozy à tel point que les dirigeants espéraient qu'il soit réélu en 2012. De manière générale, les dirigeants du Parti communiste chinois apprécient jusqu'à présent davantage l'UMP que le PS. Ils appréhendent un parti socialiste qui prendrait des décisions sur une base plus idéologique que les partis de droite, notamment sur la question des droits de l'homme.

Mais l'élection de François Hollande n'a provoqué en réalité qu'une déception relative à Pékin puisqu'il s'agit avant tout de promouvoir avec pragmatisme les relations bilatérales et les intérêts nationaux des deux côtés. Les Chinois avaient peu anticipé la victoire de François Hollande et n'avaient peut-être pas pris son représentant lors de la campagne Laurent Fabius* autant au sérieux qu'il le fallait.

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Mais une fois que François Hollande a été élu, Fabius a été très bien été accueilli par les Chinois lors de son premier voyage en tant que ministre des Affaires étrangères. Une fois l'élection passée, les relations s'ajustent en respect du protocole et de l'importance des intérêts bilatéraux en jeux.

E1.FR : François Hollande n'a jamais mis les pieds en Chine, est-ce un vrai handicap ?

Alice Ekman : C'est à la fois un handicap car peu de liens ont été tissés à titre personnel. Mais c'est aussi un avantage car on en est au stade de la page blanche. La relation avec Xi Jinping est à construire. Cette visite marque le point de départ d'une relation entre les dirigeants chinois. Elle pourra être bonne ou mauvaise, mais elle est nouvelle.

*Laurent Fabius est allé en Chine mais il est reparti "furax" après avoir appris qu'on ne lui proposait d'entrevue qu'avec des dirigeants de rang inférieur.