Giovanna, la soeur de Valls, raconte sa vie de droguée

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Giovanna, la soeur de Valls, raconte sa vie de droguée
@ REUTERS
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VIEUX DÉMONS - Aujourd’hui apaisée, la sœur de Manuel Valls revient dans un livre sur son passé marqué par la drogue et les errances.

Son livre, sa vie. Giovanna Valls, la sœur de Manuel Valls, publie Accrochée à la vie, un livre autobiographique en catalan dans lequel elle revient sur sa vie marquée par les ravages de la drogue. Sa relation avec Manuel Valls avait déjà fait l'objet de nombreux sujets dans les médias français, mais elle livre là un nouveau témoignage sur leur histoire familiale qui intéresse au plus haut point les chaînes de télévision espagnoles qui ont multiplié les interviews la semaine dernière, invitant celle qui est désormais présentée comme la soeur du Premier ministre français.





































Trajectoires croisées. C’est l’histoire d’une fratrie aux trajectoires croisées, que ni l’ascension du frère, ni la chute de la sœur, n’ont jamais vraiment disloqué. Cette histoire, Giovanna Valls, la sœur du Premier ministre, la raconte dans son livre. Un ouvrage en forme de thérapie pour cette quinquagénaire tombée dans la drogue à 18 ans, à l’orée des années 80, à l'époque où l’héroïne faisait des ravages à Paris. "Je suis tombée dans la drogue à cause de mon grand amour. J’avais 18 ans. Il m’a laissé tomber et ça m’a fait beaucoup souffrir. Je ne réussissais pas mes études, mon frère s’éloignait de la famille pour se consacrer à la politique. J’étais fragile et influençable et des amis m’ont fait essayer de l’héroïne. Je ne savais même pas ce que c’était. J’ignorais le danger. J’ai su ensuite ce que c’était et c’est ainsi qu'a commencé la destruction de ma vie", confie-t-elle à La Vanguardia, le journal catalan de référence. Peu à peu aspirée par un monde très différent de son environnement familial bohème et cultivé, sans perdre toutefois contact avec eux, Giovanna Valls s’éloigne.

"Je n’ai jamais demandé d’aide à mon frère". "Mon frère était au courant de l’enfer que je vivais. Mais il était occupé à autre chose. J’imagine qu’il ne voulait pas le voir. Et puis, il ne devait pas savoir comment s’y prendre et comment m’aider. Dans ma famille, la drogue était quelque chose d’inconnu", témoigne encore Giovanna. Avec son frère, la proximité des années d'enfance s'estompe. Deux destins opposés les éloignent, mais ne les ont jamais séparés.

"Je n’ai jamais demandé d’aide à mon frère, pas même de l’argent. Je n’ai jamais voulu lui porter préjudice. J’étais très proche de lui jusqu’à mes 17 ans. Puis il est entré au Parti Socialiste, on a changé d’amis. Il s’est mis à travailler dur et a suivi son chemin. Quand il revenait le soir à la maison, il nous disait bonsoir puis allait dans sa chambre".

Maladies, dépression et prison. Tandis que Manuel Valls se fraye un chemin dans les arcanes du PS mitterrandien, Giovanna alterne cures de désintoxication et rechutes. Une vie chaotique qui la mène à Barcelone où elle s’établit quatre ans plus tard, en 1985. La capitale catalane est frappée de plein fouet par la toxicomanie. Très vite, Giovanna Valls fréquente le quartier de Can Tunis, quartier déshérité de la ville où elle retombe dans la drogue. Seringues et piqûres amènent leur lot de maladie : sida, hépatite C. Giovanna Valls tente de se suicider à plusieurs reprises, minée par la violence de son fiancé. Elle est obligée de voler pour se payer ses doses avec d’autres naufragés. Elle finira en prison où sa famille vient la voir.

"Je me suis mise à voler dans les grands magasins à Barcelone pour me procurer ma dose quotidienne. On nous appelait la bande des Italiens. Le leader était un fils de bonne famille, comme moi", témoigne-t-elle aujourd'hui.

Un livre comme catharsis. En 2004, l’idée de ce livre lui vient, comme une catharsis nécessaire pour tourner la page. "J’avais prévenu mon frère en lui disant 'je vais tout expliquer dans un livre. Protège-toi'. Et il m’a répondu : 'Vas-y ! C’est ton histoire et je veux que tu l’expliques'". Des journalistes découvrent alors le lien de parenté entre Manuel et Giovanna, qui décident de les devancer et de communiquer publiquement sur la vie et l’état de santé de la sœur. Elle explique que les succès politiques de son frère ne l’ont pas empêché de s’enquérir de l’état de santé de sa sœur.
"Mon  frère a suivi de près mon traitement et ma thérapie. Il appelait matin et soir ma mère pour savoir comment j’allais. Il a toujours été à mes côtés. Il a vu souffrir mes parents", raconte-t-elle.

Les inquiétudes de Giovanna. Manuel Valls, lui, continue à gravir les échelons du pouvoir. Jusqu’à atterrir Place Bauveau, il y a deux ans de cela. Alors qu’il devient l’homme le mieux informé de France, Giovanna s’inquiète, craint de nuire à son image. "Quand mon frère est devenu ministre de l’Intérieur, j’étais très fière de lui. C’est le moment où j’ai dû commencer une chimiothérapie pour soigner mon hépatite. Je lui ai demandé 'je te porte préjudice ?' et il m’a répondu 'la santé de ma sœur, c’est prioritaire'".

Leur dernière entrevue officielle remonte à quelques jours avant les élections européennes. "Mon frère m’envoie souvent des messages. Dans l’un des derniers, envoyés à minuit, il me dit 'Petite sœur, je viens de passer un moment avec The Queen'", confie encore Giovanna Valls. Elle est aujourd’hui apaisée et son état de santé s'est amélioré.