Gabon : une présidentielle, entre violences et soupçons de fraude

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Libreville, est le théâtre depuis mercredi soir de vives tensions entre les partisans d'Ali Bongo, qui revendique la victoire, et de son opposant Jean Ping qui dénonce des fraudes massives.

L'ENQUÊTE DU 8H

La situation est très tendue au Gabon. Après la proclamation des résultats de l'élection présidentielle, mercredi, qui donnent le président sortant, Ali Bongo, vainqueur, la capitale Libreville s'est embrasée. Des manifestants en faveur de l'opposant Jean Ping ont incendié l'Assemblée nationale. En représailles, l'armée aurait attaqué le quartier général de Jean Ping. Quelques heures après les faits, Europe 1 a enquêté pour y voir plus clair.

Jean Ping craint pour sa vie. "Ma vie est menacée en permanence. On m'attaque par la justice, par le blocage de mon compte en banque. Je ne sais pas s'ils savent où je me trouve", l'opposant Jean Ping a fait part de sa vive inquiétude dans une interview accordée à Thomas Sotto. "Je ne me trouve pas au QG. Si j'y étais, j'aurais fait l'objet d'attaques comme tout le monde", ajoute-t-il. L'opposant explique que son QG est "attaqué par hélicoptère et au sol par des éléments de la garde présidentielle, la police et des mercenaires." Il déplore déjà deux morts et plusieurs blessés. 

Le clan d'Ali Bongo dément. "Nos gens sont encerclés, bombardés, tués par la garde présidentielle, des mercenaires, par la police." Jean Ping demande donc à Ali Bongo de cesser "d'agresser la population" et à la communauté internationale d'"aider le peuple gabonais par tous les moyens." Mais dans le camp d'Ali Bongo, la version des faits est très différente. "Je n'ai pas connaissance du fait que le camp de Ping ait été attaqué", affirme le porte-parole d'Ali Bongo, Serge Mickoto. "Ce ne sont pas des accusations qui ont été portées à notre connaissance."

Pourtant l'avocat de Jean Ping en France a affirmé à Vincent Hugeux, grand-reporter à L'Express spécialiste du continent africain, contacté par Europe 1, qu'il redoutait des arrestations des cadres de l'opposition qui seraient encerclés dans le quartier général.


Gabon : Vincent Hugeux explique les raisons de...par Europe1fr

Un scrutin pas tout à fait transparent. Si la capitale s'est embrasée, c'est d'abord à cause d'un soupçon de triche dans le scrutin de l'élection présidentielle. "Ce qui devait arriver est arrivé. C'est un Etat voyou et c'est connu", affirme Jean Ping toujours au micro d'Europe 1. Selon lui, il ne fait aucun doute que l'élection a été truquée : "Tout le monde sait qu'il [Ali Bongo, ndlr] a fraudé. Demandez en Europe, tout le monde le sait !" Après un premier septennat, Ali Bongo aurait été réélu avec 49,80% des suffrages, soit seulement 5.500 voix d'avance sur son adversaire (48,23%). Des résultats qui interpellent notamment à cause du taux exceptionnel de vote en faveur du président sortant, 95,46%, dans la circonscription de Haut-Ogooué.

Un vote extraordinaire. Ce taux paraît effectivement suspect quand on se penche sur les résultats du vote dans chaque province. "Le pouvoir en place a clairement conscience que s'il se risque à [transmettre les résultats, en l'état, bureau par bureau], la combinaison miraculeuse de la province du Haut-Ogooué, fief traditionnel du clan Bongo risque d'apparaître au grand jour", explique Vincent Hugeux. Sur les neuf provinces que compte le Gabon, huit donnent 65.000 voix d'avance à Jean Ping. Dans la neuvième circonscription, celle de Haut-Ogooué, il fallait donc un score d'au moins 95% en faveur d'Ali Bongo pour qu'il soit élu. Et c'est exactement ce qu'il s'est passé.