A Mossoul, le difficile passage de témoin

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Pour que les forces spéciales irakiennes puissent continuer à progresser dans Mossoul, les autres unités de sécurité doivent prendre le relais et tenir le terrain conquis face à l’Etat islamique. Une coordination qui a bien du mal à se mettre en place.

DOCUMENT EUROPE 1

Le temps des conquêtes rapides semble loin aux yeux des forces spéciales installées à Mossoul. Europe 1 a pu se rendre dans l’un des quartiers repris à l’Etat islamique, dans cette ville du nord de l’Irak inaccessible aux médias depuis trois semaines. Sur place, les unités d’élite irakiennes ont toutes perdu des hommes. Le froid engourdit les corps des soldats qui tiennent le terrain et repoussent l'Etat islamique depuis le début de l'offensive, le 17 octobre. Reportage.

"L’opération la plus difficile". Dans le quartier d'al-Tamim, des corps de djihadistes gisent au sol. Il y a une semaine, les islamistes ont bien failli reprendre ces blocs de maisons aux troupes du colonel Mountazar. "Ils ont envoyé un bulldozer piégé pour enfoncer nos lignes et derrière, plus d'une centaine de djihadistes se sont infiltrés", raconte-t-il. "Il y avait des civils partout, plus l'armée régulière. On ne comprenait plus qui était où. C'était l'opération la plus difficile depuis notre entrée dans Mossoul", déplore l'officier.

"Ils se sont endormis". Le colonel Mountazar ne digère pas cette bataille. Pour lui, si les djihadistes ont pu s'infiltrer, c'est à cause de l'inexpérience de l’armée régulière censée lui apporter du renfort. Il pointe du doigt la brèche où les djihadistes se sont infiltrés. "A droite et à gauche, il y avait un poste de garde de l'armée régulière. Le bulldozer piégé est passé devant eux. Si ces soldats avaient fait attention, ils auraient pu donner l'alerte. Mais évidemment, ils ont pensé que tout était sous contrôle, ils se sont allongés et ils se sont endormis", peste-t-il. "Résultat : cinq de mes hommes sont morts, j’ai des blessés… Alors que j'ai libéré ce secteur sans même crever un pneu une semaine avant", souligne le colonel qui n'accorde désormais "pas 1% de confiance" à l'armée régulière.

Des tensions entre police et civils. Pour limiter les risques et éviter que de telles erreurs se reproduisent, le colonel des forces spéciales a été contraint de détacher plusieurs de ses hommes pour encadrer l’armée régulière. Cette difficile coordination n'est pas l'unique problème du colonel Mountazar. La police est de retour dans Mossoul et tous les habitants s’en plaignent. "Ils disent qu'on est tous Daech et qu'on mérite tous d’être exécutés. Hier, mon père est allé chercher de l'eau, les policiers l’ont traité de fils de chien de Daech", raconte un habitant qui en a immédiatement averti le colonel. Des tensions que l'officier prend très au sérieux. En effet, l'Etat islamique s'était appuyé sur cette défiance pour prendre Mossoul il y a deux ans. Le colonel Mountazar l'affirme sans détour : "La prochaine fois que ça se passe comme ça, c'est moi qui l'envoie en prison".