Etats-Unis : un vétéran se rappelle de la répression de Selma

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Etats-Unis : un vétéran se rappelle de la répression de Selma
@ JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
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MÉMOIRE - Alors que Barack Obama doit commémorer samedi les 50 ans de la marche pour les droits civiques, Europe 1 a pu rencontrer un vétéran de l'époque qui a connu la répression sanglante de Selma.

Barack Obama va marcher samedi dans les pas de Martin Luther King. Le président américain va en effet se rendre à Selma, une petite ville de l'Alabama où il y a 50 ans, a eu lieu une répression sanglante de la marche pour les droits civiques. Cette dernière, non violente, avait par la suite garantie le droit de vote des Afro-américains. John Lewis, dernier leader noir survivant de cette époque, sera aux côtés d'Obama lors de cette commémoration.

"Deux livres" dans son sac. L'homme porte encore au front la marque de cette journée. John Lewis est déjà un vétéran de la cause noire lorsqu'il rejoint, le 7 mars 1965, la marche pour les droits civiques à Selma. Il raconte à Europe 1 qu'il s'attend alors juste à être arrêter : "j'avais pris un sac à dos avec deux livres, une pomme et une orange car je voulais pouvoir lire si nous étions arrêtés".

"J'ai cru que j'allais mourir". La marche pacifique, qui regroupe plusieurs centaines de personnes, a alors été stoppée sur le pont Edmund Pettus qui enjambe l'Alabama. C'est la police qui ordonne au cortège de s'arrêter. 

"Un major a dit 'chargez' et la police s'est jeté sur nous, frappant avec des matraques, nous piétinant avec leurs chevaux, nous aspergeant de gaz lacrymogènes", relate John Lewis. Le vétéran se souvient : "je suis tombé et j'ai cru que j'allais mourir sur ce pont et que ce serait ma dernière manifestation non violente". 

Les images sanglantes ont, à l'époque, choqué l'Amérique et les semaines suivantes, des milliers de personnes rejoignent le mouvement. En août 1965, soit cinq mois après la répression de Selma, la loi sur le droit de vote est enfin adoptée aux États-Unis.

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Sans Selma, pas de Barack Obama. Selon John Lewis, sans Selma, il n'y aurait pas de Barack Obama à la tête des Etats-Unis. Mais ce n'est pas une raison pour cesser le combat, explique-t-il à Europe 1. Le racisme existe encore dans son pays et se double en plus d'un problème de pauvreté, un racisme de classe estime-t-il.

À Selma, ville de 20.000 habitants dont 80% de noirs, connaît un taux de chômage supérieur à 10%, soit le double de la moyenne nationale. Près de 40% des foyers y vivent en-dessous du seuil de pauvreté.
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