Et si c’était lui, le prochain président afghan ?

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Et si c’était lui, le prochain président afghan ?
Le Dr Abdullah est arrivé en tête du premier tour de la présidentielle en Afghanistan.@ REUTERS
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PORTRAIT - Arrivé en tête du premier tour de la présidentielle, le Dr Abdullah pourrait bien réussir à réconcilier les Afghans.

D’ici quelques semaines, l’Afghanistan devrait vivre sa toute première passation de pouvoir d’un président démocratiquement élu à un autre. Un second tour pourrait être organisé, mais un candidat fait d’ores et déjà figure de favori : l’ex-chef de la diplomatie Abdullah Abdullah, arrivé largement en tête du premier tour du 5 avril dernier, avec 13 points d’avances sur son rival Ashraf Ghani. D’après le chercheur Karim Pakzad, qui le connaît personnellement, le Dr Abdullah, ophtalmologue de formation et ancien conseiller de Massoud, pourrait bien réaliser une mission quasi-impossible dans son pays : "réaliser l’unité nationale". 

Le commandant Massoud

© REUTERS

L’ami de Massoud. Toujours élégant, le Dr Abdullah bénéficie de l’aura que lui confère son amitié avec le commandant Massoud, le célèbre résistant à l’occupation soviétique, puis aux talibans, tué le 9 septembre 2001. "On le voit très jeune en photo aux côtés de Massoud", se souvient Karim Pakzad, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Mais Abdullah Abdullah n’est pas un combattant : c’est en tant qu’"ami, conseiller et médecin" qu’il participe à la résistance dès le début des années 1980. A ce titre, il voyage à l’étranger, ce qui lui donne "une vision très ouverte sur le monde", analyse le chercheur, qui se souvient d’un homme "très réfléchi" et "diplomate". Nommé ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Hamid Karzaï en 2001, il démissionne quatre ans plus tard et passe dans l’opposition.

Le candidat malheureux de 2009. Le Dr Abdullah tente de ravir la présidence lors de l’élection de 2009, sans succès. Après avoir récolté plus de 30% des voix au premier tour, il finit par se retirer d’un scrutin gangrené par une fraude massive. Hamid Karzaï est donc réélu pour un ultime mandat. Cette année, Abdullah Abdullah a prévenu que seule la fraude pourra l’empêcher de remporter le scrutin. Les faits semblent lui donner raison : d’après les premiers éléments, "la fraude n’a pas été massive", contrairement à 2009, et la participation plus élevée, note Karim Pakzad. 

Le candidat Abdullah en campagne en Afghanistan

© REUTERS

Des critères ethniques. Mais en Afghanistan, ce qui distingue un candidat d’un autre, ce n’est pas son programme mais plutôt son origine : "l’immense majorité des gens ont voté selon des critères ethniques", explique Karim Pakzad. A ce petit jeu, Abdullah Abdullah, 53 ans, dispose d’une longueur d’avance : né d’un père pachtoune, la première ethnie du pays, il a réalisé ses plus gros scores chez les tadjiks, l’ethnie de sa mère, la deuxième d’Afghanistan. Son co-lisitier d’origine hazara lui a aussi permis d’engranger les voix de la troisième ethnie du pays.

Des zones d’ombre. L’élection du Dr Abdullah, qui a promis de signer rapidement un accord de sécurité crucial avec Washington, ne déplairait en tout cas pas dans les chancelleries occidentales. L'homme entretient de bonnes relations avec les Etats-Unis. Bernard Kouchner, l’ancien ministre des Affaires étrangères, disait de lui qu’il était un "type formidable, pas corrompu, doux, sympathique, respectable", rapporte le Nouvel Obs. Ce "modéré", qui "ne prend pas ses décisions à la va-vite" a tout de même ses zones d’ombre. Son ex-femme, la franco-afghane Mariamme Nadjaf, racontait en 2013 à l’hebdomadaire comment elle avait subi des menaces de sa part à Kaboul, avant de fuir pour la France.

Pendant la campagne en Afghanistan

© REUTERS

Mais à en croire Karim Pakzad, l’ophtalmologiste est malgré tout "quelqu’un qui rassure un peu la société civile" et notamment les femmes. S’il est élu, il devra faire des compromis pour élargir son gouvernement. L’enjeu est de taille, souligne le chercheur : dans un pays en guerre, "il aura besoin d’une assise large pour rétablir un rapport de force avec les talibans". 

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