Et maintenant, que va-t-il se passer pour la Catalogne ?

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Et maintenant, que va-t-il se passer pour la Catalogne ?
Si Carles Puigdemont a appelé les Catalans à rester "sur le terrain de la paix et du civisme", difficile de savoir si le processus pourra se dérouler sans incident.@ LLUIS GENE / AFP
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Dans la foulée de la déclaration d'indépendance votée par le parlement de Catalogne, Madrid a destitué le gouvernement catalan et dissous le parlement.

Pour Madrid, c'était "la seule réponse possible", selon Mariano Rajoy. Dans la foulée de la déclaration d'indépendance de la Catalogne vendredi, le chef du gouvernement espagnol, déterminé à reprendre le contrôle de la région, a enclenché l'article 155 de la Constitution. Une mesure drastique aux multiples conséquences ; une tâche difficile, aussi, à mettre en œuvre, dans une Catalogne très autonome et où une partie de la population est prête à désobéir.

Le gouvernement catalan destitué

Mariano Rajoy a annoncé vendredi soir la destitution de Carles Puigdemont et de son exécutif. Concrètement, l'assemblée régionale ne pourra pas présenter de candidat à la tête du gouvernement catalan ni contrôler les décisions prises directement par l'exécutif sous tutelle et ce, jusqu'à la convocation d'élections régionales anticipées. Mais cette mesure risque d'être un casse-tête pour le gouvernement de Rajoy : que faire, par exemple, si Carles Puigdemont, qui ne reconnaîtra pas les mesures de Madrid, refuse de quitter son bureau ?

"S'il se retranche, les délits s'accumuleront pour lui", et "rien de ce qu'il fera n'aura de validité", répond une source gouvernementale à Madrid. Dans tous les cas, la décision de le "déloger" ou de l'arrêter s'il entre en rébellion appartiendra à un juge, ajoute cette source. Le dirigeant catalan, qui sera poursuivi pour "rébellion", risque désormais jusqu'à 30 ans de prison.

De nouvelles élections le 21 décembre

Le chef du gouvernement espagnol a annoncé la convocation de nouvelles élections le 21 décembre. Cette décision débouchera sur des élections "propres, libres et légales", selon Mariano Rajoy. Les mesures prises par le gouvernement "ne visent pas à suspendre l'autonomie, mais à ramener la loi et la concorde" en Catalogne, a-t-il ajouté.

La police régionale placée sous contrôle

Autre mesure concrète : Josep Lluis Trapero, le chef des Mossos, la police catalane, a été relevé de ses fonctions, et les hauts fonctionnaires qui n'accepteraient pas cette volonté de Madrid seront suspendus. Là encore, l'obstacle est de taille. "Bien sûr que ce ne serait ni facile ni agréable ! Ce ne serait pas bien vu qu'un policier ou quelqu'un de l'extérieur vienne prendre le contrôle des Mossos", affirme à l'AFP Ramon Cosio, porte-parole du syndicat de policiers SUP, majoritaire.

D'autant que les relations entre les Mossos et les corps de police nationaux ont été mises à rude épreuve depuis le référendum d'autodétermination interdit du 1er octobre, émaillé de violences policières qui n'ont pas empêché la tenue du vote dans la plupart des bureaux. Samedi matin, la police nationale a enjoint à ses agents de rester neutres dans la crise entre Barcelone et Madrid.

L'incertitude de la rue

Les indépendantistes veulent défendre cette nouvelle République dans la rue. Des boucliers humains pourraient ainsi se former pour défendre les institutions de la région. La frange dure des indépendantistes appelle même à un "Maïdan catalan", en référence à cette place de Kiev, symbole de la révolution ukrainienne de 2014.

Si Carles Puigdemont a appelé les Catalans à rester "sur le terrain de la paix et du civisme", difficile de savoir si le processus pourra se dérouler sans incident, face à un État espagnol décidé à rétablir la légalité en Catalogne, et qui peut compter pour cela sur d'énormes effectifs de police.

Par ailleurs, sur les 304.000 fonctionnaires en Catalogne, dont 167.000 travaillent pour l'administration régionale et 84.000 pour les mairies, certains pourraient traîner des pieds. La vice-présidente du gouvernement espagnol Soraya Saenz de Santamaria a prévenu : il pourra y avoir des "limogeages, pour les employés qui continueraient ouvertement à ne pas respecter la Constitution". Une partie des pompiers pourrait également se rebeller. "Si une route est bloquée (par des manifestants) et qu'on nous demande de la débloquer, il est probable que nous ne répondions pas", a expliqué à l'AFP l'un d'entre eux sous couvert d'anonymat.

Une économie menacée

En matière d'économie, les premières conséquences de la crise institutionnelle sont déjà observables. Depuis près d'un mois, quelque 1.500 entreprises ont déplacé leur siège social de la région. L'économie s'est ralentie, la consommation aussi, avec des ventes en baisse d'environ 15%. Dans les prochaines semaines, les dommages pour l'économie risquent d'être très graves. C'était d'ailleurs l'un des arguments de Mariano Rajoy et de l'État espagnol, qui tient les cordons de la bourse.

Les finances du gouvernement catalan sont déjà sous tutelle depuis septembre, et dès fin octobre, il sera incapable de payer ses fonctionnaires et d'honorer ses dettes. L'administration fiscale reste entre les mains de l'État central et de ses fonctionnaires.

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Les médias restent libres

La mise sous tutelle des médias publics catalans que réclamait le gouvernement conservateur espagnol n'a en revanche pas été autorisée par le Sénat. Un amendement socialiste a fait barrage à la demande du gouvernement central de placer sous tutelle notamment la chaîne de télévision publique catalane TV3 au nom d'"une information fiable, objective et équilibrée". Cette mesure avait suscité des levées de boucliers au-delà des nationalistes catalans, au nom de la liberté de la presse. 

Pour l'UE, "rien ne change"

Sur le plan diplomatique, Mariano Rajoy a également annoncé la destitution des représentants du gouvernement catalan à Madrid et à Bruxelles et la fermeture des "représentations" catalanes dans le monde, hormis à Bruxelles. 

"Pour l'UE, rien ne change. L'Espagne reste notre seule interlocutrice", a réagi de son côté dans l'après-midi le président du Conseil de l'UE, Donald Tusk. "Le droit de l'UE continuera de s'appliquer en Catalogne, l'Espagne continuera à la représenter", explique à l'AFP Jean-Claude Piris, consultant en droit international à Bruxelles et ancien directeur des services juridiques du Conseil de l'UE pendant 23 ans. Avant de préciser : "Il n'y aura pas de contrôles aux frontières de la Catalogne avec l'Espagne ou de la Catalogne avec la France. Les Catalans continueront d'utiliser l'euro et d'être liés par tous les accords internationaux ratifiés par l'Espagne."