En Thaïlande, la crise politique s'éternise

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En Thaïlande, la crise politique s'éternise
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ON FAIT LE POINT - Deux personnes, dont un enfant, ont été tuées à Bangkok dimanche.

L’ESCALADE. La violence est montée d’un cran en Thaïlande. Deux personnes, dont un enfant de 12 ans, ont été tuées dimanche par une grenade qui a explosé dans un quartier commercial de Bangkok, où se tenait un rassemblement contre le gouvernement. Samedi, c’est dans l’est du pays que des manifestants ont essuyé des tirs.

Une grenade a explosé à Bangkok

© REUTERS

Que s’est-il passé dans la capitale ? A Bangkok, la grenade a explosé près d’un gros hypermarché, dans le quartier des centres commerciaux géants et des hôtels de luxe, à un endroit où des manifestants antigouvernementaux s’étaient rassemblés. L’explosion a fait deux morts, un enfant de 12 ans et une femme de 40 ans, ainsi qu’une vingtaine de blessés. Dans la province de Trat, dans l’est de la Thaïlande, des tirs sur une manifestation ont provoqué la mort d’une enfant de 5 ans samedi soir, et trente personnes ont été blessées.

Qui sont les auteurs des violences ? La Première ministre a condamné l’attaque de Bangkok, tout comme les protestataires, qui ont aussi reproché aux forces de l’ordre de ne pas avoir protégé les manifestants. Le porte-parole du mouvement, Akanat Promphan, a dénoncé un "acte terroriste planifié et organisé", ajoutant : "cette atrocité a aggravé la nature de la violence contre les manifestants pacifiques". Car les manifestants sont régulièrement la cible d’attaques à la grenade et de fusillade, de la part d’assaillants non identifiés. Depuis le début de la crise, il y a près de quatre mois, 19 personnes ont déjà été tuées.

Qui sont les manifestants et que veulent-ils ? Depuis la précédente crise politique, la Thaïlande est divisée entre les "chemises rouges", pro-gouvernement, et les "chemises jaunes", attachées à la royauté. Au milieu, l’ancien Premier ministre en exil et frère de l’actuelle chef du gouvernement, Thaksin Shinawatra, adulé par les uns et haï par les autres. Les manifestants, coalition hétéroclite réunie par la haine de Thaksin, réclament la tête de sa sœur et surtout la fin de son influence. Ils dénoncent le "système Thaksin", synonyme selon eux de corruption généralisée, et veulent remplacer le gouvernement par un "conseil du peuple".

thaïlande 930

© Reuters

Pourquoi la crise dure-t-elle ?Tout a commencé fin octobre, avec un projet de loi d’amnistie qui aurait permis à Thaksin Shinawatra, condamné pour corruption, de rentrer en Thaïlande. Le projet est rejeté par le Sénat mais le mouvement est lancé : en l’espace de quelques semaines, les manifestations prennent de l’ampleur à Bangkok et s’étendent plusieurs villes du pays, rappelle Le Monde. En décembre, la Première ministre annonce la dissolution du Parlement et l’organisation d’élections anticipées. Et la tenue de ces législatives anticipées, le 2 février, n’a pas permis d’apaiser la situation. Les manifestants ont en effet perturbé le scrutin et aucun résultat n’a été annoncé. De nouveaux votes partiels doivent être organisés et le gouvernement a de son côté vu son mandat prolongé pour pouvoir expédier les affaires courantes. Quant aux partisans du gouvernement, plutôt discrets depuis le début de la crise, ils se sont réunis dimanche dans le nord-est du pays pour décider de leur stratégie. L’un de leurs chefs a prévenu : "maintenant, nous allons réellement nous battre".

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