En Syrie, "Barack Obama est complice de Vladimir Poutine", pour Jean-Pierre Filiu

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La Russie a profité d'un gouffre laissé par les Etats-Unis pour s'imposer comme une puissance dominante au Moyen-Orient, analyse Jean-Pierre Filiu, spécialiste de la Syrie, sur Europe 1.

INTERVIEW

"Il y a un vertige de puissance qui agite le Kremlin." Pour Jean-Pierre Filiu, professeur d'Histoire du Moyen-Orient à Sciences-Po Paris, la Russie a su s'imposer comme une puissance incontournable au Moyen-Orient grâce au retrait des Etats-Unis du jeu syrien. "Vladimir Poutine fait une guerre froide à sens unique et évidemment il la gagne", analyse ce spécialiste de la Syrie sur Europe 1 vendredi.

Un "vide béant laissé par les Etats-Unis". "Vladimir Poutine s'est engouffré dans le vide béant laissé par les Etats-Unis au Moyen-Orient. Depuis août 2013 très exactement, quand Obama a tracé une ligne rouge sur l'utilisation des armes chimiques : ces armes ont été utilisées par le régime et il n'a rien fait. C'est la où les Russes se sont engouffrés", poursuit Jean-Pierre Filiu.

"Obama est un complice passif" des crimes de guerre. Une défection qui fait dire à l'historien que les Etats-Unis se sont rendus complices de la Russie quant à la dégradation de la situation en Syrie. "Ils sont tous les deux autant complices. La Russie est un complice actif de crimes de guerre, et Barack Obama est un complice passif. Sa responsabilité est aussi très lourde", assure Jean-Pierre Filiu.

"Une puissance dominante". Désormais, Moscou mène la danse dans le jeu syrien : la Russie a demandé une réunion en urgence à l'ONU vendredi pour examiner la grave situation qui règne à Alep, ville assiégée par le régime syrien dont les quartiers Est pourraient être totalement détruits. Une attitude qui contraste avec les suspicions selon lesquelles l'aviation russe aurait empêché l'acheminement d'aide humanitaire en Syrie ou encore bombardé des hôpitaux à Alep. "Ils ont la position d'une puissance dominante et ils la conserveront tant que cette domination ne sera pas contestée. On va avoir une réunion (à l'ONU vendredi, ndlr) surréaliste et choquante", regrette Jean-Pierre Filiu.