En Algérie, les forces spéciales "ne négocient pas"
En Algérie, les forces spéciales "ne négocient pas"

INTERVIEW E1.fr - Pour le spécialiste Philippe Lobjois, c'est un "groupement d'intervention choc".

C'est l'équivalent de notre GIGN ou du Raid. Alors que la situation sur la prise d'otages du site gazier d'In Amenas reste confuse, les autorités algériennes ont décidé d'envoyer les forces spéciales de l'armée nationale populaire et du groupement d'intervention spécial (GIS). Qui sont-ils exactement et comment fonctionnent-ils ? Europe1.fr a posé la question à Philippe Lobjois*, grand reporter et spécialiste de l'Algérie.

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Philippe Lobjois © Capture Berbere TV

• Pourquoi ont-elles été créées ? Elles ont été lancées à la fin des années 80. "En 1991, le Front islamique de salut (FIS) remporte les élections. Pour l'armée, cela n'est pas possible car ils craignent la mise en place d'une république islamique. Finalement, l'armée réussit à prendre le pouvoir mais ça a été une guerre épouvantable qui a fait plus de 200.000 morts.  Le pouvoir, qui craint les mouvements islamistes, décide de créer des forces spéciales pour mener des actions contre ces groupes car l'armée n'était pas adaptée. Avant, il n'y avait que quelques vagues groupes spéciaux. Et cela a fonctionné puisque l'islamisme radicale était quasiment éradiqué jusqu'en 2005. Il y avait beaucoup moins d'enlèvements", explique Philippe Lobjois.

• Qui sont-ils ? Les membres de ces forces spéciales sont issus d'un ancien groupement surnommé "Ninja". Cette unité anti-terroriste créée en 1992 par décret présidentiel n'existe plus officiellement aujourd'hui après la dissolution du service central de répression du banditisme (SCRB). Mais ces forces spéciales sont expérimentées. Elles ont reçu des formations de style commando comme celui du Commandement des opérations spéciales (COS) et connaissent les tactiques d'intervention du GIGN (Groupement d'intervention de la gendarmerie nationale), du Raid (Recherche, assistance, intervention, dissuasion) ou du Swat américain (la police d'élite). "Pour certains, ils ont 20 ans d'expérience et sont commandants. Ils sont aguerris et ont une tradition d'extermination. Ils ne négocient pas avec les terroristes. On est loin du GIGN français qui a des négociateurs et qui essaye de sauver des vies. C'est un groupement d'intervention choc. Ils font tout péter", affirme Philippe Lobjois.

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© MAXPPP

Quelle tactique ? Plusieurs otages algériens ont réussi jeudi à s'échapper des ravisseurs. Les forces spéciales, postées prêt du site gazier, ont pour l'instant effectué quelques tirs de semonce mais n'ont pas encore donné l'assaut. "Ce serait une humiliation s'ils ratent cette opération. Cela adresserait un message à tous les groupes islamistes", analyse Philippe Lobjois pour qui l'Algérie est pourtant le pays d'Afrique le mieux préparé pour répondre à ce type de prise d'otages. Selon lui, deux scénarios sont possibles : "soit ils attaquent dans les trois jours, soit cela peut durer un mois et les forces spéciales vont tenter d'affamer les terroristes", prédit ce spécialiste.

Certains experts craignent pourtant que cette opération finisse en bain de sang. Une probabilité écartée par Philippe Lobjois. "Les pressions internationales sont assez sévères", assure-t-il mais il sera difficile pour les forces spéciales de "changer un âne en cheval".

* Philippe Lobjois est le co-auteur avec Abdelkader Tigha de "Contre-espionnage algérien : notre guerre contre les islamistes" (Nouveau Monde Edition).