Egypte : "la population va-t-elle lâcher l’armée ?"

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Egypte : "la population va-t-elle lâcher l’armée ?"
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INTERVIEW E1 -  Pour Gilles Kepel, spécialiste du monde arabe, "l'irréparable a été commis" hier.

"L’irréparable a été commis". Pour Gilles Kepel, professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris et spécialiste du monde arabe, les évènements de mercredi, au Caire, marquent un nouveau pas dans la crise égyptienne. "L'armée a considéré qu'il n'était pas possible de négocier, et les Frères Musulmans ont eux aussi considéré qu'ils devaient aller à l'affrontement", a-t-il résumé. Une stratégie qui risque d'accentuer encore un peu plus le clivage entre les "deux Egyptes".


"Résultat, on est aujourd'hui dans une situation particulièrement clivée, avec un bilan qu'on ne connait pas - 421morts selon un nouveau bilan, probablement davantage -, des appels à manifester et à la violence, des dirigeants islamistes arrêtés, et l'armée qui considère qu'elle a le dessus", a ajouté Gilles Kepel, sur Europe 1.
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Le spécialiste craint désormais que les violences se répètent, en Egypte, mais aussi qu’elles se propagent au reste du monde arabe. "Ca a déjà fait tâche d'huile, notamment en Tunisie, où deux dirigeants laïcs ont été assassinés par des salafistes radicaux, l'Assemblée constituante a cessé de fonctionner car les opposants refusent de siéger, et il y a des manifestations quotidiennes pour obtenir la démission du gouvernement", a-t-il détaillé.

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Le spécialiste estime que la question aujourd’hui est de savoir dans quelle mesure la population égyptienne, qui avait demandé le départ de Morsi et salué son éviction, restera derrière l’armée après le massacre de mercredi. Les Egyptiens "vont-ils considérer qu’il n’y avait pas d’autres solutions ?", s’interroge Gilles Kepel. "Si c’est le cas, nous aurons deux Égypte qui s’affronteront", résume-t-il.

En revanche, si la population se désolidarise de l’armée, sa tâche sera rendue beaucoup plus difficile. "Finalement, ce qu’a fait l’armée rappelle étrangement ce qui s’était passé après Moubarak, quand les militaires ont réprimé les manifestations des révolutionnaires et des civils".