Crise politique en Allemagne : journée cruciale pour Merkel

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Crise politique en Allemagne : journée cruciale pour Merkel
La chancelière allemande est fragilisée dans l'opinion depuis la courte victoire de son parti aux élections législatives (photo d'archives). @ Arne Dedert / dpa / AFP
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Le parti conservateur de la chancelière boucle cinq jours de négociations avec les socio-démocrates, jeudi. S'il semble improbable, un échec signerait probablement une fin de carrière pour "Mutti".

"Il y a encore de gros obstacles en vue, qui doivent encore être levés". Angela Merkel s'est montrée tendue en arrivant au siège du parti socio-démocrate (SPD), jeudi à Berlin. Depuis cinq jours, la chancelière, issue du parti conservateur, y négocie pour tenter de parvenir à un accord de gouvernement. Pour l'instant infructueuses, les tractations connaissent leurs dernières heures et leur résultat pourrait ne pas être communiqué avant tard dans la nuit. "Une dure journée" en perspective selon les mots choisis par la dirigeante allemande elle-même : en cas d'échec, celle que l'on surnomme "Mutti" verrait ses chances de gouverner quatre ans de plus quasiment réduites à néant.

Des négociations tendues. Pour la chancelière de 63 ans, au pouvoir depuis 2005, ces négociations ont des allures de "second round". Sortie en tête des élections législatives, mais de peu, Angela Merkel doit trouver un parti auquel s'allier pour avoir la majorité au parlement. Rien d'étonnant en Allemagne, où les coalitions sont d'usage. Mais de premières discussions avec les Verts et les Libéraux, pour tenter de former une "coalition Jamaïque" (du nom des trois couleurs des partis), ont échoué en novembre.

Depuis, il ne reste plus à la dirigeante allemande qu'une formule pour atteindre la majorité : celle d'une alliance avec le SPD, qui gouvernait déjà à ses côtés au sein du gouvernement sortant (2013-2017). La position est inconfortable pour les deux partis, dont les avis divergent sur de nombreux sujets. Les conservateurs, en particulier le parti bavarois CSU, allié de la chancelière, exigent par exemple un durcissement de la politique migratoire et une réduction limitée des impôts pour tous. Le SPD met lui l'accent sur d'autres sujets, comme le soutien aux classes moyennes et défavorisées.

Des participants fragilisés. "La situation est d'autant plus complexe que les trois personnages au centre des négociations sont en fait les trois grands perdants des législatives", analyse pour Europe1.fr Frank Baasner, directeur de l'Institut franco-allemand de Ludwigsburg. "Il y a un sentiment de déclin et de perte de popularité pour Angela Merkel. Mais c'est également le cas pour Martin Schulz (chef du SPD, ndlr) et Horst Seehofer (leader de la CSU, ndlr)". En 2013, ces trois partis détenaient encore les quatre cinquièmes des sièges au Bundestag, où n'étaient représentés que quatre partis. La chambre est désormais composée de six formations politiques avec le retour des libéraux, mais surtout l'entrée du parti d'extrême droite Alternative für Deutschland (AfD), crédité de 12,6% des suffrages.

Est-ce qu'une grande coalition sera vraiment capable d'aborder les sujets d'avenir ?

À eux deux, sociaux-démocrates et conservateurs ne représentent que 53% des voix exprimées par les électeurs en septembre. "En termes statistiques, je dirai que les négociations ont 90% de chances d'aboutir, car tout le monde a trop à perdre", avance Frank Baasner. "Mais à quel prix ? La question est celle du programme que le gouvernement va se donner. Est-ce qu'une grande coalition sera vraiment capable d'aborder les sujets d'avenir ? L'Allemagne attend de grandes réformes, sur l'éducation par exemple, mais aussi les infrastructures ou l'immigration. Tout le monde le sait." Or, au-delà des divergences, une alliance CDU-SPD, "aurait évidemment une légitimité moindre" au vu de son score dans les urnes et des mois de tâtonnement que vient de connaître le pays, souligne l'expert.

Le spectre de futures élections ? En cas d'accord de principe à l'issue de la journée de jeudi, la formation effective d'un gouvernement devrait encore prendre plusieurs semaines. Et dans l'hypothèse d'un échec des négociations ? "Pour l'instant, le président de la République fédérale affirme qu'il ne dissoudra pas, refusant de renvoyer les Allemands aux urnes pour, à nouveau, ne pas avoir de majorité claire. Il y aussi le risque d'une lassitude de la population, qui pourrait s'orienter vers les partis qui disent incarner le changement", comme l'AfD.

Mais faute de compromis, c'est bien le spectre de "nouvelles élections législatives" qui se dessinerait à moyen terme en Allemagne. "Et vu l'état de chaque parti, les responsables seraient forcément contestés en interne", estime le spécialiste. "Au sein de la CDU, personne n'ose trop s'avancer pour l'instant. Ursula Von der Layen, la ministre de la Défense, a longtemps été présentée comme une alternative potentielle, mais on en parle moins en ce moment. Tout le monde reste prudent", explique-t-il. "En fait, personne ne s'imposerait naturellement. Et on irait forcément vers une lutte."