Comment un viol fait vaciller le président tchadien

  • A
  • A
Comment un viol fait vaciller le président tchadien
@ ASHRAF SHAZLY / AFP
Partagez sur :

Des fils de hauts dignitaires sont suspectés d’avoir violé une lycéenne. Cette affaire suscite un large mouvement de protestation dans le pays.

Zouhoura, 17 ans, lycéenne à N’Djamena, la capitale du Tchad, a vécu l’enfer. Celui du viol et de l’humiliation. Cette lycéenne a été agressée le 13 février dernier par cinq jeunes hommes. Après l’avoir violée, les auteurs de ce crime abject ont posté des photos de la jeune fille nue et en larmes sur les réseaux sociaux.

Des enfants de hauts dignitaires. Rapidement, il s’est avéré que les auteurs de ce crime atroce étaient des fils de hauts dirigeants tchadiens. Trois d’entre eux sont des enfants de généraux. L’un de leurs complices a pour père le ministre, en poste, des Affaires étrangères. Au total, neuf personnes ont été arrêtées et placées en détention.

L'histoire de Zouhoura a sans doute été le drame de trop pour la jeunesse tchadienne qui vit sous la coupe du président Idriss Deby Itno, au pouvoir depuis 26 ans. Deux jours après l’agression de la jeune femme, les lycéens de N’Djamena sont descendus, en nombre, dans la rue. La protestation a dégénéré et l’un des manifestants a été abattu par la police.

Deux morts et de nombreuses arrestations. Lundi dernier, le mouvement s’est étendu à plusieurs villes du pays, notamment dans le Nord. Les lycéens de Faya Largeau dans l'extrême-Nord, ont, à leur tour, manifesté. Mais l’un d'eux a été tué par balle et cinq autres blessés par des militaires chargés de leur dispersion.

Lundi, dix-sept lycéens arrêtés pour avoir manifesté à Massaguet étaient toujours détenus, selon la Convention tchadienne pour la défense des droits de l'Homme (CTDDH), "préoccupée par l'arrestation gratuite et arbitraire de 17 élèves ayant manifesté leur mécontentement contre l'acte abject commis par les rejetons des hauts responsables du pouvoir et l'assassinat du jeune Abbachou", tué lors de la manifestation à N'Djamena.

Face à cette contestation générale, le régime sécuritaire du président Idriss Deby Itno, qui laisse très peu d'espace à l'opposition, a coupé l'accès à certains réseaux sociaux, notamment Facebook, sur lesquels les contestataires s'exprimaient avec virulence.

Deby "Ça suffit". Ce soulèvement de la jeunesse tchadienne intervient à quelques semaines seulement de l’élection présidentielle. Le 10 avril prochain le président Deby, arrivé au pouvoir en 1990 par la force, briguera un cinquième mandat.

Lassées de voir cet homme autoritaire s’imposer à chaque scrutin – il a obtenu plus de 88% des suffrages lors de l’élection de 2011 -, une vingtaine d’associations de la société civile a mis en place une plateforme appelée "Ça suffit", qui réclame le départ du président et l’organisation d’un scrutin libre. Mais Idriss Deby Itno, maintes fois menacé de renversement par le passé, n’entend pas céder la place si facilement. Lundi soir, le ministère de la Sécurité a pris un arrêté interdisant une manifestation de l'opposition politique dans N'Djamena, prévue mardi. 

Malgré cette interdiction, le mouvement a été très suivi. Les marchés étaient déserts, les boutiques fermées, et la circulation sensiblement réduite à N'Djamena comme en province. Dans la capitale, les élèves des lycées et des collèges ne se sont pas rendus en cours. Seules les banques et certaines sociétés privées étaient ouvertes dans le quartier administratif. Dans les ministères, plusieurs départements ont fonctionné au ralenti.