Cleveland : y a-t-il eu des défaillances ?

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Cleveland : y a-t-il eu des défaillances ?
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ZOOM - L'enquête cherche à comprendre comment Ariel Castro a pu passer entre les mailles du filet.

L'INFO. Bien que le maire de Cleveland se défende de toute négligence, les questions se multiplient pour comprendre comment Ariel Castro, qui a été inculpé mercredi pour viols et enlèvements, a pu cacher pendant dix ans à la police et aux services sociaux qu'il séquestrait trois femmes chez lui.

Chauffeur de bus scolaire, Ariel Castro, 52 ans, a été licencié le 6 novembre dernier après quatre avertissements pour des écarts de conduite. S'il a souvent été bien noté dans son travail, l'homme s'était fait remarquer au fil du temps et pas seulement en raison de son comportement qui est apparu suspect à certains de ses voisins.

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Une suspension disciplinaire. En janvier 2004, il fit l'objet d'une enquête et d'une suspension disciplinaire pour avoir enfermé dans l'autobus qu'il conduisait un enfant scolarisé à l'école élémentaire de Wade Park. Il aurait laissé l'enfant seul à l'intérieur du véhicule le temps d'aller déjeuner dans un restaurant fast-food. Des inspecteurs des services sanitaires et de protection de l'enfance étaient alors venus taper à sa porte mais ils l'avaient trouvée close et s'en étaient retournés. L'enquête policière menée ensuite n'avait montré aucune intention criminelle de la part du chauffeur qui avait été longuement interrogé et la procédure n'était pas allée plus loin…

Pourtant à l'époque, Castro avait déjà enlevé Michele Knight, âgée de 20 ans lors de sa disparition en 2002 et qui résidait à quelques centaines de mètres de là. Amanda Berry, qui a donné naissance à une petite fille lors de sa captivité, avait été enlevée huit mois plus tôt en 2003. Gina DeJesus, la troisième captive délivrée lundi, avait disparu en 2004 alors qu'elle n'avait que 14 ans.

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Des violences conjugales. Au fil du temps, des incidents troublants ont pourtant attiré l'attention des voisins qui ont eux-mêmes averti la police. Ariel Castro était considéré dans ce quartier ouvrier du West Side de Cleveland à majorité noire et hispanique comme un homme discret, voire secret. En 1993, il avait été arrêté pour des violences conjugales et avait été remis en liberté contre une caution de 10.000 dollars. Le jury constitué pour le juger avait décidé d'abandonner les poursuites.

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Sa fille purge une peine de prison. Certains de ses proches sont également connus des services de police. La fille d'Ariel Castro, Emily, 25 ans, purge actuellement une peine de 25 ans de prison dans l'Indiana pour une tentative de meurtre sur la personne de son propre enfant, selon plusieurs documents judiciaires. Les faits remontent à novembre 2008 lorsque la jeune mère a porté quatre coups de couteau à la gorge de sa fille alors âgée de onze mois. Emily Castro, âgée à l'époque de 19 ans, avait tenté de plaider le coup de folie. Une demande qui n'avait pas abouti.

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Aucune trace chez les services sociaux. Outre les mises en garde du voisinage, les services publics de la ville de Cleveland affirment n'avoir aucune trace dans leurs banques de données de faits anormaux au cours de ces dix années. "Nous n'avons aucun élément indiquant que des voisins, des passants, des témoins ou quiconque d'autre aient un jour appelé pour fournir une information en rapport avec ce qu'il se passait dans la maison de Seymour Avenue", a déclaré le maire Frank Johnson. Un voisin, Israel Lugo, soutient pourtant avoir téléphoné à la police en novembre 2011 après que sa sœur ait vu dans la maison une fille tenant un bébé dans ses bras et pleurant pour demander de l'aide. Une patrouille s'est présentée, les policiers ont frappé à la porte plusieurs fois puis sont partis quand personne ne leur a répondu.

Il y a huit mois, la sœur d'Israel Lugo a vu Castro garer son bus devant la maison et en sortir en tenant un grand sac contenant de la nourriture pour plusieurs personnes et un plateau portant plusieurs boissons. Or l'homme disait vivre seul depuis son divorce, des années auparavant."Ma mère a appelé la police", se souvient Lugo. Les policiers sont venus et ont demandé à Castro de ne plus garer son bus sur cet emplacement.

Un autre voisin a raconté avoir vu à plusieurs reprises une petite fille regardant par une des fenêtres de la maison. Castro l'emmenait se promener au parc très tôt le matin, à une heure inhabituelle pour faire jouer les enfants.