Ces sulfureux ministres d'extrême droite

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Ces sulfureux ministres d'extrême droite
Makis Voridis et Adonis Georgiadis ont été respectivement nommés ministre des Transports et secrétaire d'Etat au Développement et à la Marine marchande.@ reuters
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Entrés au gouvernement de coalition grec, Voridis et Georgiadis sont habitués aux controverses.

C’est l’un des effets collatéraux de la crise de la dette. 28 ans après la chute de la dictature des colonels en Grèce, l'extrême droite a fait son retour dans le gouvernement d’union nationale formé vendredi. Une première depuis le retour de la démocratie en 1974. Makis Voridis et Adonis Georgiadis, deux députés issus du parti d’extrême droite Laos, "Alarme populaire orthodoxe", ont été respectivement nommés ministre des Transports et secrétaire d'Etat au Développement et à la Marine marchande.

Les deux hommes travailleront étroitement avec des ministres de droite, mais aussi avec des socialistes. "Un choc" a indiqué le Parti socialiste samedi. Même indignation du côté de Jean-Luc Mélenchon. Le président du Front de gauche a exhorté lundi les socialistes français à "prendre ses distances avec le Pasok, le parti socialiste grec".

Pour la gauche française, le loup est donc entré dans la bergerie. Mais qui se cache vraiment derrière ces deux figures emblématiques de l’extrême droite grecque ? Europe1.fr a enquêté.

Voridis, proche du FN

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© reuters

Makis Voridis, 47 ans, est un avocat qui a fait ses premiers pas en politique au sein de l'organisation de jeunesse du parti d'extrême droite Epen. Une formation créée après le régime militaire et qui a longtemps côtoyé le Front national français de Jean-Marie Le Pen, précise Le Figaro. La nomination de ce dernier a d’ailleurs été positivement accueillie par l’extrême droite française. "L'entrée de notre ami Makis Voridis au gouvernement grec est une excellente nouvelle", s’est ainsi félicité sur Twitter Pierre Cheynet, membre du comité central du FN.

Ce député a également participé, lorsqu'il était à la tête du mouvement Front hellénique, à la structure pan-européenne lancée par Bruno Gollnisch au nom du Front national, indique Rue89. Après avoir rejoint le Laos, Makis Voridis a aussi noué des liens avec un dissident du FN, Carl Lang, allant jusqu'à s’exprimer publiquement le 8 novembre 2009 au congrès de fondation du parti de la France, lancé par l’ancien cadre du Front national.

Le très controversé Georgiadis

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© reuters

Co-éditeur en 2006 d'un pamphlet antisémite intitulé Juifs : l’entière vérité, un texte faisant l’apologie d’Adolf Hitler et appelant à l’extermination des Juifs, Adonis Georgiadis est abonné aux controverses. Le site Internet Conspiracy Watch rapporte ainsi qu’en novembre 2009, à la télévision, le député du Laos s’en était directement pris au Premier ministre socialiste d’alors, Georges Papandréou, l’accusant d’avoir "vendu la Grèce à la communauté juive". "Le peuple juif, en contrôlant le système bancaire mondial, peut l’utiliser comme une arme pour faire chanter et contrôler les pays étrangers, comme la Grèce", avait lâché dans le même temps Adonis Georgiadis.

Egalement dans le viseur du député, la communauté musulmane. Adonis Georgiadis a reproché ouvertement à la gauche d’avoir "remis la Grèce entre les mains des musulmans et autres déchets comme ça".

L’incroyable ascension du Laos

Créé en 2000 par un journaliste de formation, Georges Karatzaferis, le Laos est venu occuper un vide dans le paysage politique qui ne comptait alors aucune formation d'extrême droite dans un pays fortement marqué par la dictature des Colonels. Le parti est devenu en dix ans un acteur important de la scène politique grecque. A coups de slogans xénophobes et antisémites, le Laos a dans un premier temps  rapidement trouvé sa place, rassemblant 13,7% des voix dès les élections municipales de 2002 dans la circonscription d'Athènes-Le Pirée.

Au fil des ans, Georges Karatzaferis s'est efforcé de présenter un profil plus lisse, centré essentiellement sur le populisme. Refusant l'étiquette d’extrême droite, cet homme de 64 ans a fait adopter par son parti en 2007 une "charte" qui engage ses candidats à s'opposer "à tout phénomène de racisme, d'intolérance et d'antisémitisme".

A la faveur de cette quête de respectabilité, le Laos est parvenu cette année-là à franchir aux élections législatives le seuil de 3% des voix lui ouvrant les portes du parlement. Un succès qu'il a reproduit au scrutin de 2009 où il a obtenu 5,63% des suffrages. Il compte aujourd'hui 16 députés. Depuis le début de la crise grecque, le Laos a tenté de s'afficher en partenaire politique responsable allant jusqu'à approuver, seul avec les députés socialistes, le premier plan de sauvetage international de la Grèce accordé par l'Union européenne et le Fonds monétaire international en mai 2010.