Brexit : "quel que soit le résultat, le pays sera divisé"

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Pour la chef du bureau de "The Economist" à Paris, la campagne pour le Brexit a "clivé les Britanniques".

INTERVIEW

C'est l'heure du choix pour les Britanniques. Alors que les bureaux de vote sont ouverts depuis 7 heures (heure locale), les deux camps, en faveur ou contre la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, continuent de faire campagne pour convaincre les indécis. Invitée dans Europe Midi jeudi, Sophie Pedder, chef du bureau de The Economist à Paris, est revenue sur la campagne et les points de division entre les deux camps.

Clivage profond entre les deux camps. "C'est une campagne qui a clivé les Britanniques et qui a révélé des sentiments plus que de désaccord, mais d'antipathie de chaque côté. C'était assez délétère comme campagne", explique la journaliste. "Quel que soit le résultat le pays sera divisé", poursuit-elle. Cette division s'explique en partie par le rapport entre le Royaume-Uni et l'Union. "Le rapport entre le Royaume-Uni et l'Europe n'a jamais été comme le rapport entre la France et l'Europe. Le Royaume-Uni n'est pas un pays fondateur comme la France et donc n'a jamais été impliqué dans le projet dès le début", avance Sophie Pedder. "Il faut aussi reconnaître que quand le Royaume-Uni est rentré dans l'Europe en 1973, c'était un choix surtout motivé par l'économie. Ce n'est donc pas une question d'aimer ou de ne pas aimer [l'Europe], c'est un intérêt", détaille-t-elle.

L'immigration au centre des débats.La campagne a aussi été centrée sur l'immigration. "Ceux qui souhaitent quitter l'Union européenne trouvent qu'il y a trop d'autres européens au Royaume-Uni", explique la journaliste. Une situation "assez étonnante parce que c'est quand même un principe fondamentale de l'Europe". "C'est un sujet qui a à la fois motivé ceux qui souhaitent partir, mais c'est aussi un sujet de motivation de peurs. On a vu cela avec une affiche avec comme slogan "prendre peur" et en image une vague de réfugiés. Pourtant, le Royaume-Uni n'a pas subi de vague comme en Allemagne", détaille Sophie Pedder.

Plusieurs points de divergence. Les Britanniques sont partagés sur plusieurs axes. Pour la journaliste, on observe un "effet de génération". "Les jeunes prennent l'Europe comme une évidence parce qu'ils ont toujours connu l'Europe et qu'ils aiment bien voyager en été et pas seulement la jeunesse aisée. Tout le monde au Royaume-Uni aime bien aller passer une semaine en Espagne avec les vols low-cost", explique-t-elle. Un autre clivage, géographique divise les Britanniques. "Les Écossais sont très pro-européens. En province en Angleterre [les habitants le sont] beaucoup moins", conclut la journaliste.