Brexit : les Britanniques peuvent-ils encore faire marche arrière ?

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Brexit : les Britanniques peuvent-ils encore faire marche arrière ?
Il devrait être particulièrement complexe pour le Royaume-Uni de tirer un trait sur 43 années passées au sein de l'UE.
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Si les responsables britanniques peuvent difficilement revenir sur le vote en faveur du Brexit, le Royaume-Uni a encore les moyens de conserver un rapport privilégié avec l’Union européenne.

"Si nous votons en faveur d’une sortie, ce sera fait. Ce sera irréversible. Nous quitterons l’Europe pour de bon […]", avait averti deux jours avant le vote crucial David Cameron. Vendredi, le "leave" (retrait) l’a emporté et le Premier ministre britannique a annoncé sa démission d’ici l’automne. Il reviendra donc à son successeur d’activer l’article 50 du traité de Lisbonne, permettant la sortie d’un Etat membre du bloc des 28. Un processus long et complexe, qui devrait s’étaler sur plusieurs années, ont averti des responsables britanniques et européens.

Alors que les places financières européennes se sont effondrées vendredi matin, le Royaume-Uni peut-il encore renoncer au Brexit ?

Un vote consultatif. "Techniquement oui, répond Vivien Pertusot, responsable du bureau bruxellois de l’Institut français des relations internationale (IFRI), sollicité par Europe 1. "Le référendum est un vote consultatif, le prochain premier ministre pourrait annoncer : ‘On va essayer de trouver un arrangement’. Mais politiquement ça semble impossible". Philippe Moreau Defarges, politologue spécialiste des relations européennes, également chercheur à l’IFRI, abonde en ce sens. Pour lui un retour en arrière n’est pas envisageable : "Ce serait nier ce vote et, compte tenu des critiques faites à l’Union européenne ces dernières années, ce serait nier la démocratie", explique-t-il auprès d’Europe 1.

De nouveaux rapports. "Mais il existe toutes sortes de ruses pour atténuer le choc, et faire en sorte que le Royaume-Uni reste dans l’Europe sans y être", nuance le spécialiste, qui cite notamment l’exemple de la Norvège. "Les Norvégiens acceptent d’appliquer la législation européenne alors qu’ils ne participent à aucune prise de décision". On pourrait donc imaginer, sur le même schéma, un Royaume-Uni restant dans l’espace économique européen, avec un accès au marché unique.

Il y a également le modèle helvète. La Suisse appartient depuis 1960 à l’Association européenne de Libre-Echange (AELE) qui vise à approfondir les liens entre l’Union européenne et certains Etats non-membres, un rapprochement renforcé par la signature de très nombreux accords bilatéraux avec l’UE. La Suisse permet la libre circulation des biens et des personnes, mais ne dispose que d’un accès limité au marché unique et doit contribuer au budget européen.

Match nul. Pour Vivien Pertusot, aucune de ces options n’est toutefois envisageable au vu des exigences du Royaume-Uni. "En suivant les exemples norvégiens et suisses, les Britanniques devraient accepter la libre circulation des personnes, principal point de rupture avec l’UE, et n’auraient plus leur mot à dire sur la législation du marché intérieur. Enfin, dans le cas suisse, les services bancaires ne sont pas très avantagés par les accords, et quand on sait le poids des services financiers britanniques…".

Si le départ du Royaume-Uni va créer un précédent, il devrait également aboutir à la mise en place d’un nouveau modèle de rapports diplomatiques et économiques entre l’UE et un Etat extérieur. "Du point de vue de Bruxelles, pour éviter de donner de mauvaises idées aux autres membres, il faut que les Britanniques payent très cher leur sortie de l’Union", relève Vivien Pertusot. Difficile cependant, de tirer aussi facilement un trait sur 43 ans d’adhésion. "Tous les Etats membres ont des relations très poussées avec le Royaume-Uni. Au début des négociations sur le retrait on va avoir une position très dure de la part des Européens, avant un assouplissement qui devrait certainement conduire à une sorte de match nul."