Brésil : accusé de corruption, le président Michel Temer s'accroche au pouvoir

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Brésil : accusé de corruption, le président Michel Temer s'accroche au pouvoir
Le président brésilien, accusé de corruption, a annoncé qu'il ne démissionnerai pas.@ EVARISTO SA / AFP
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La Cour suprême du Brésil a autorisé jeudi l'ouverture d'une enquête contre le président Michel Temer, accusé de corruption, qui refuse de quitter son siège présidentiel.

"Je ne démissionnerai pas", a martelé jeudi le président brésilien Michel Temer, malgré les graves accusations de corruption qui ont semé l'incertitude quant à l'avenir politique du Brésil. Selon le journal Globo, le chef de l'État a été enregistré par un chef d'entreprise en train de donner son accord pour le versement de pots-de-vin afin d'acheter le silence d'Eduardo Cunha, ancien patron de la chambre des députés aujourd'hui en prison pour son implication dans le méga-scandale de corruption Petrobras. Ces révélations ont poussé la Cour suprême (STF) à donner son feu vert à l'ouverture d'une enquête contre le président jeudi.

Un président contesté par la rue et ses ministres. "Je n'ai jamais autorisé le moindre paiement pour acheter le silence de quiconque", s'est défendu Michel Temer lors d'une allocution télévisée. "L'enquête mandatée par la Cour suprême permettra de fournir toutes les explications pour prouver que je ne suis pas impliqué", a-t-il insisté. Mais sa base parlementaire semblait divisée et trois ministres seraient sur le point de démissionner. Dès la publication des révélations du journal mercredi soir, plusieurs partis d'opposition ont demandé la démission du président conservateur et des dizaines de manifestants défilaient dans la rue aux cris de "Temer dehors". D'autres manifestations étaient prévues jeudi dans l'après-midi dans la plupart des grandes villes brésiliennes.



Un influent sénateur également contesté. O Globo révèle que Michel Temer avait rencontré le 7 mars Joesley Batista, un des propriétaires du groupe J&F qui contrôle notamment un géant de la viande. Joesley Batista s'est enregistré secrètement alors qu'il expliquait au chef de l'État qu'il versait des sommes d'argent à Eduardo Cunha pour acheter son silence. "Tu dois maintenir ça (les pots-de-vin)", a alors répondu le président Temer. 

L'onde de choc a aussi atteint un allié politique clé de Michel Temer, l'influent sénateur Aécio Neves, président du PSDB (droite), principale formation associée au parti PMDB du président, et candidat malheureux de la dernière présidentielle. O Globo révèle que Joesley Batista a aussi remis aux autorités un autre enregistrement compromettant, dans lequel Aécio Neves aurait demandé 2 millions de réais (environ 570.000 euros) de pots-de-vin. Des perquisitions jeudi matin ont ciblé plusieurs propriétés du sénateur Neves, dont le mandat a été suspendu par la Cour Suprême. Selon les médias brésiliens, le procureur général a demandé son arrestation et sa sœur a déjà été interpellée.

Dauphine de l'icône de la gauche Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), lui-même visé par cinq procédures judiciaires dans le cadre du scandale Petrobras, Dilma Rousseff a été remplacée, jusqu'à la fin du mandat fin 2018, par Michel Temer, qui était son vice-président et s'est depuis lancé dans une série de réformes d'austérité. Les militants de gauche l'accusent d'avoir orchestré un "coup d'État", notamment avec Eduardo Cunha, pour prendre le pouvoir.