Blocage du traité Ceta : "Que 3,5 millions de gens prennent en otage le reste de l'Europe, cela pose une difficulté"

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Nouveau revers pour l'Europe. La Wallonie refuse toujours le traité de libre-échange entre le Canada et l'Europe. L'eurodéputée Sylvie Goulard revient sur ce blocage régional, qui empêche un engagement international.

INTERVIEW

Impasse pour le Ceta, le traité de libre-échange entre le Canada et l'Europe. La raison ? Les Wallons bloquent l'accord. Après le Brexit, ce pourrait être un nouvel échec pour l'Europe. Sylvie Goulard, députée européenne centriste qui siège au Parlement européen au sein de l’alliance démocrate et libérale pour l’Europe, est l'invitée de l'émission C'est arrivé cette semaineElle analyse la situation.

500 millions d'Européens ; 3:5 millions de Wallons. L'Europe représente environ 500 millions de consommateurs, un chiffre qui pèse dans la négociation du traité. Parmi ces Européens, les Wallons représentent 3,5 millions de personnes. "Au moment de l'adoption de l'accord, la Commission a décidé avec les Etats, à mon avis à tort, qu'il fallait que le traité soit ratifié dans tous les Etats membres, ce qui signifie pour la Belgique également au niveau régional." D'où un décalage avec ce qui a été dit aux Canadiens, à savoir une négociation avec 500 millions de personnes.

"Ce qui est important à l'avenir, c'est que l'on sache entendre ce que veulent les citoyens mais qu'on ne tombe pas non plus dans le petit jeu de politique intérieure, en l’occurrence belgo-belge." Le cœur du problème en Wallonie a été expliqué par le ministre-président de la région, Paul Magnette, dans une interview au Monde. D'après lui, cela fait un an qu'il a posé des questions sur le traité à la Commission et les réponses lui ont été apportées il y a seulement trois semaines. Une situation qui laisse supposer un manque de communication dans les institutions européennes.

Démocratie. Mais Sylvie Goulard insiste : "Quand on parle de démocratie, que 3,5 millions de gens prennent en otage le reste de l'Europe, cela pose une difficulté. Il faut que l'on choisisse entre un système dans lequel chacune des entités qui compose le tout à son mot à dire ou un système dans lequel nous renforçons l'Europe vis-à-vis de l'extérieur parce que nous prenons des décisions à un autre niveau. A priori, ce choix avait déjà été fait. Le commerce international est une compétence exclusive de l'Union."

Crédibilité. "L'enjeu est grave" pour la députée, notamment pour la crédibilité de l'espace européen au plan commercial, qui est en cause. Pour autant, la députée suppose qu'une solution de compromis peut encore être trouvée. "Il  arrive qu'il y ait une crise mais que tout cela se dénoue. La ministre canadienne n'est pas repartie au Canada et est restée au parlement européen avec Martin Schultz, le président du parlement, qui essaye de faire une sorte de médiation."

Et pour le Brexit ? Dans le cas d'un échec avec le Canada, comment alors aborder la négociation du Brexit ? "Il va y avoir deux phases : une phase de séparation dans laquelle on va négocier leur sortie du système. Une fois sortis, ils deviendront un pays tiers comme le Canada et probablement nous renégocieront des rapports commerciaux. C'est pour cela, et pour nos relations avec la Chine, les Etats-Unis, l'ensemble du monde, que nous devons retrouver le sens d'une 'équipe d'Europe'. Ce qui se joue, c'est la souveraineté des Européens, y compris des Français, dans le monde de demain", conclut la députée.