Barcenas, l'homme qui fait trembler Rajoy

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Barcenas, l'homme qui fait trembler Rajoy
Luis Barcenas a été nommé en 2008 comme trésorier après avoir été longtemps gérant du PP.@ Reuters
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Le Premier ministre espagnol est empêtré dans une affaire de corruption présumée de son parti.

L’ACTU. L’affaire fait la "Une" de toute la presse espagnole. Le chef du gouvernement, Mariano Rajoy, est éclaboussé par un scandale de corruption présumée au sein de son parti politique, le Parti populaire (PP). Mardi, le journal El Pais a donné à la police les documents publiés qui mettent en cause le Premier ministre. Mercredi, le trésorier du parti, personnage clé dans ce dossier, sera entendu. Tour d'horizon de ce dossier qui empoisonne le gouvernement ibérique.

Barcenas, à l'origine de l'affaire. L'homme clé de ce scandale est une sorte de "gardien des secrets" de la droite, selon La Vanguardia. Cet homme, au teint hâlé et aux cheveux gominés, est entré au PP à l'âge de 26 ans. C'est à partir de ce moment que tout l'argent du parti transite par cet homme "plus craint que respecté", raconte le quotidien catalan. Luis Barcenas, nommé en 2008 comme trésorier après avoir été longtemps gérant du PP, a les reins solides. Jusqu'à maintenant, il a survécu à tous les scandales financiers qui ont touché le Parti populaire.

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© Reuters

Dès 2009, des soupçons. Luis Barcenas est pourtant mis en cause dans l'affaire Gürtel, où des soupçons de corruption sont émis en 2009 par le juge le plus connu d'Espagne, Baltasar Garzon. Le PP est alors accusé d'un vaste réseau de corruption à Madrid, Valence et sur la Costa del Sol. Des entreprises, dirigées par un certain Francisco Correa, auraient alors bénéficié des "largesses" des communautés autonomes gérées par des membres du PP. Beaucoup de têtes sont tombées, dont un maire de Madrid qui s'est offert huit voitures de luxe, cinq motos, et un bateau. Le nom de Luis Barcenas, sous les initiales "L.B.", "L.B.G.", ou encore sous le pseudonyme "Luis el cabron" figurent sur les documents saisis. Le 4 juillet 2009, Luis Barcenas serait même entré au siège vide du PP. Il serait monté à son bureau, aurait récupéré des caisses de documents et aurait tout ramené à son domicile, situé à dix minutes, raconte El Pais. 

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Les révélations d'El Mundo. Le quotidien de centre droit El Mundo a fait de nouvelles révélations le 18 janvier dernier.  Le journal affirme que des dirigeants du PP ont reçu pendant vingt ans des salaires non déclarés provenant d'entreprises privées. Citant "cinq sources fiables issues des directions successives du parti", El Mundo assurait que Luis Barcenas, avait distribué pendant deux décennies des enveloppes contenant entre 5.000 et 15.000 euros à des dirigeants du PP, en complément de leurs salaires officiels. La presse espagnole, citant des sources judiciaires, a également affirmé qu’il avait également eu, "avec d'autres personnes", jusqu'en 2009 un compte en Suisse doté de 22 millions d'euros. Toutefois selon El Mundo, Mariano Rajoy, à la tête du PP depuis 2004, n'aurait jamais touché ces compléments de salaire et aurait ordonné de mettre fin à cette pratique en 2009.

El Pais en remet une couche. Mais jeudi, El Pais, le quotidien de centre gauche, allait plus loin en publiant des photos de comptes manuscrits prétendument établis entre 1990 et 2008 par Luis Barcenas et par un autre trésorier du PP, Alvaro Lapuerta. Selon ces documents, écrit le journal, l'actuel chef du gouvernement aurait perçu, entre 1997 et 2008, des "paiements pour un total de 25.200 euros par an", sous forme de dons émanant de chefs d'entreprises. Les noms d'autres hauts responsables du parti comme Dolores de Cospedal, sa numéro deux, ou Rodrigo Rato, l'ex-président de Bankia, figurent aussi sur les tableaux.  Enfin, samedi, de nouvelles révélations s'étalaient en Une de la presse, visant cette fois Ana Mato, la ministre de la Santé. Selon plusieurs journaux, la police aurait découvert qu'elle-même et son ex-mari, un ancien élu local, auraient reçu au début des années 2000 des cadeaux de la part de suspects dans l'affaire Gürtel.

Le directeur d'El Pais affirme avoir remis aux procureurs des documents qu’il a obtenus :

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La réponse du Parti populaire. Sommé de s'expliquer par l'opposition socialiste, le Premier ministre a rapidement tenté d'éteindre l'incendie en affirmant qu'il n'hésiterait pas à sévir si des membres de son parti étaient reconnus coupables de malversations. Le chef du gouvernement espagnol, qui nie toutes accusations de corruption, avait annoncé, dans la foulée,  l'ouverture d'une enquête interne à son parti et a annoncé qu'il allait prochainement publier sa déclaration de revenus.

De son côté, Luis Barcenas, ancien gérant puis trésorier du PP, a qualifié lundi cette affaire de "manipulation grossière", démentant que Mariano Rajoy ait pu toucher des fonds illégaux et l'existence d'une comptabilité parallèle. "Je le dis, c'est une manipulation grossière", a-t-il répondu, interrogé sur ce point par la chaîne de télévision Antena 3. "Il n'existe pas et il n'a jamais existé de carnet secret", a-t-il ajouté.

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L'opposition réclame sa démission. Une pétition, sur la plate-forme Change.org, réclamant la démission de Mariano Rajoy et des élections anticipées, a recueilli plus de 850.000 signatures, s'ajoutant à la demande de démission du chef de l'opposition socialiste, Alfredo Perez Rubalcaba. Brandissant des enveloppes, nouveau symbole de l'indignation populaire, criant "démission", des centaines de manifestants se sont relayés depuis jeudi à Madrid devant le siège du Parti populaire :

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