Au Pentagone, "Maître Yoda" prend sa retraite

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Au Pentagone, "Maître Yoda" prend sa retraite
@ Capture d'écran Secretary of Defense
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Après un demi-siècle de carrière, Andy Marshall dit "Yoda" prend sa retraite. Retour sur la vie de celui que les ministres appelaient le vrai "cerveau du Pentagone".

Insubmersible. En 55 ans de carrière, il a connu onze présidents et presque autant de guerres. Dans les couloirs du Pentagone, Andy Marshall a survécu à toutes les crises et intrigues politiques, sans jamais voir son influence sur la politique américaine s'étioler. Grâce à ses analyses osées d'abord, mais surtout grâce au mystère qui entoure ce singulier personnage.

Un Jedi au pays des faucons. Mi-gourou, mi-scientifique, Andy Marshall, surnommé "Yoda" pour sa sagesse présumée en référence au personnage de Star Wars, a longtemps fait la loi parmi les faucons de Washington. A tel point que Donald Rumsfeld, deux fois secrétaire à la Défense dans les années 70 et sous George W. Bush l'a qualifié de "vrai cerveau" de la politique étrangère américaine, rappelle le site Foreign Policy (en anglais). Mais aujourd'hui, à 93 ans, "Maître Yoda" prend sa retraite.

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© Reuters

Derrière ses lunettes dorées très vintage, Andy Marshall a observé et façonné cinquante ans d'histoire américaine. Il s'est imposé comme le conseiller le plus influent du ministère de la défense américain grâce à sa théorie de la "révolution militaire" : selon lui, l'histoire de la guerre serait constituée d'une succession de révolutions technologiques, de l'invention du fer à la Blitzkrieg allemande jusqu'aux drones américains.

Yoda, penseur de la guerre de demain. Il fait ses armes à partir de 1949 chez RAND, un think-tank conservateur très proche de la Maison-Blanche, avant d'être embauché au Pentagone en 1973. A l'époque, Barack Obama avait douze ans ! Il prend ses fonctions au bureau des prospectives, où il est chargé d'imaginer la guerre de demain. Histoire de toujours donner aux Etats-Unis un coup d'avance dans la guerre froide qui l'oppose alors à l'URSS.

Ses rapports, restés confidentiels pour la plupart, théorisent la course aux armements de l'époque. Seul le ministre de la Défense peut les consulter et en discuter avec lui. Même ses anciens collaborateurs, qui s'expriment sur le site du Washingon Post, affirment qu'il est "impossible de savoir à quel point il pèse sur les décisions". Mais l'un de ses ex-collègues affirme carrément qu'Andy Marshall est "l'homme qui a fait chuter l'URSS à lui tout seul". Depuis, il aurait également été à l'origine de l'utilisation des drones et prévoit même une prochaine guerre contre la Chine.

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© Reuters

Yoda et ses amis. Au cours de cette carrière-fleuve, Andy Marshall a tissé un réseau qui lui a assuré cette extraordinaire longévité. Grâce au budget alloué au bureau des prospectives, il a commandité quelques études auprès de think-tanks très heureux de remporter ces contrats. Yoda s'est ainsi attiré les faveurs de nombre de diplomates et d'anciens officiers de l'armée.

C'est l'une des raisons qui peut expliquer que Marshall ait survécu à plusieurs erreurs grossières. Il a en effet commandité quelques unes des études les plus polémiques à l'origine de bien des actions américaines à l'étranger, comme celle qui accuse le régime de Saddam Hussein d'être à l'origine des attentats du World Trade Center en 1993 et du 11 septembre. Il a aussi commandité un rapport sur la guerre contre l'islamisme à Alexis Debat, un spécialiste du terrorisme surtout expert en falsification, puisque ce consultant avait falsifié sa thèse et  publié une fausse interview de Barack Obama.

Le héros de la révolution chinoise. En 2004, Andy Marshall a aussi fait pression pour empêcher que soit publié un rapport alarmant sur le réchauffement climatique qu'il avait lui-même commandé. Des casseroles qui ne l'empêchent pas de partir à 93 ans, respecté par la classe politique américaine. Mais aussi étrangère, puisque le général Chen Zhou, l'un des leaders de la révolution chinoise, affirmait l'année dernière à The Economist qu'Andy Marshall était "l'un de ses grands héros".